Ce blog présente les élucubrations de deux amis d'enfance. Contes et légendes farfelus, écris à deux mains, de l'espace ou d'ailleurs.
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Les choses s'amélioraient pour Pitaine. Bien que toujours agitée la mer commençait à se calmer et le gros du grain était passé. Et surtout il avait réduit la distance qui le séparerait du rafiot d'or ; en coupant la route vers cette petite île il avait, semble-t-il, fait le bon choix et lu dans les intentions de koujak. Il faut dire que depuis quelque temps il avait du mal à suivre le plan de Koujak. Le rafiot d'or semblait tout bonnement balloté par les éléments comme si plus personne ne tenait la barre. « Peut-être qu'ils ont des problèmes à bord ? » songea le capitaine, « si c'est le cas il faut que ce soit quelque chose de sérieux... Koujak n'est pas du genre a se laisser dépasser par une situation quelle qu'elle soit ! ». L'ambiance était tendue à bord du galion, comme si les hommes avaient conscience de l'importance de la tache dont ils avaient été investis, tout en étant très impressionnés et même intimidé par le personnage de légende qu'ils traquaient. Sur le pont Pudington, pour détendre l'atmosphère, montrait à quelques mousses sceptiques comment faire tenir un œuf en équilibre. Il en était à la sixième tentative et était passé à l'œuf au plat. Henry Cookie lui continuait à organiser l'équipage en vue d'une confrontation imminente tout en prodiguant des conseils amicaux et en essayant de dédramatiser la situation ;
- « alors Bipsy ? Hâte que tout ça soit fini pour rentrer aux pays et retrouver votre douce et vos marmots, pas vrai? »
- « c'est-à-dire que... Monsieur... ils ont tous étaient emportés par la tuberculose l'hiver dernier. »
- « ah oui merde c'est vrai... mais enfin vous n'allez pas me dire qu'il n'y a pas une petite femme qui attend impatiemment votre retour dans un port d'Angleterre ? hein coquin ? »
- « oh ! monsieur je ne peux pas vous cacher... »
- « aaaaaaah ? »
La curiosité des matelots autour était piquée et dans l'espoir de se divertir un peu ils commençaient à tendre l'oreille pour écouter la conversation tout en feignant de vaquer à leur occupation.
- «... que quand j'ai rencontré Emma je n'avais pas 16 ans et elle a été la première femme que j'ai connu. Elle était femme de ménage dans une auberge de Liverpool et nous nous sommes de suite installés ensemble. Et c'est vrai que le temps passant...
- « ouiiii ? »
- « eh bien j'ai réalisé que je ne m'étais pas trompé et que le seigneur avait mis sur ma route la femme de ma vie. J'ai vu autour de moi tant d'homme seul qui cherchait un peu de réconfort dans les bras de femme d'une nuit ou d'un mois, dans la boisson ou la débauche, que je n'arrivais pas à comprendre pourquoi moi on m'avait tant donné. Qu'avais-je fais pour mériter tout cet amour et ce bonheur ? Ma douce Emma n'était que bonté, gentillesse, patience et amour des autres. Et puis elle m'a donné Julius et Rémy, les deux plus adorables choses que mes yeux n'aient jamais vu. Enfin vous savez ce que c'est les mômes Monsieur ?»
- « oui... en fait non... je n'ai jamais eu... » Henry ne parvint pas à terminer sa phrase et déglutit difficilement tant sa gorge était serrée.
- « oui enfin voilà. Le seigneur a décidé de les rappeler à lui l'hiver passé et depuis je suis seul Monsieur. Ma petite Emma ne m'attend plus à la maison... mes amours de garçons ne me tireront plus la barbe avec leur petites mains... depuis il ne passe pas un jour sans que je les pleure mais je sais aussi que le seigneur m'a donné plus d'amour et de joie en quelques années qu'a bien des hommes en une vie. Alors non Monsieur, pour répondre à votre question, aucune femme ne m'attend dans aucun port du monde. Je ne salirais pas la mémoire d'Emma, je lui resterai fidèle jusqu'à la fin de mes jours. Pour moi c'est terminé. Vous trouvez peut-être ça bête Monsieur, Oh je sais, les gens se moquent de moi mais j'y peux rien, c'est comme ça. »
- « non, non... je comprends... je savais pas.... Je sais pas quoi dire... », articula péniblement Henry Cookie. Il était très pâle et ses lèvres étaient très serrées.
Autours d'eux les matelots reniflaient bruyamment en regardant vers l'horizon et semblait très occupés par leur tâche respective. Le mousse Coffyshop, obligé de transmettre un message, s'approcha d'Henry pour lui dire que les canons étaient armés. Ses yeux étaient très rougis par l'air marin et son nez coulait. Cookie en profita pour prétexter une inspection des munitions et se retira, mort de honte, sous l'œil morne et apathique des matelots.
Dans le bureau de Pitaine :
Pitaine était en maillot de corps et chaussettes et s'apprétait à finir sa 284 ème pompe sur la main gauche quand on entra à la volée dans le bureau. C'était le lieutenant marinier Mousse Ozépinhar.
- CAPITAINE PITAINE !
- OUI OZEPINHAR ! VOYEZ PAS QUE JE POMPE - 285 - SUR UNE MAIN ?
- OH SI CAPITAINE PITAINE ! MAIS UNE URGENCE M'ENVOIS.
- DITES TOUJOURS - 286 -.
- NOUS NOUS APPRETONS A DEPASSER A BABORD LE RAPHIO D'OR DE KOUJAK CAPITAINE !
- BIEN - 287 - MAIS VOUS POURRIEZ PAS UN PEU ARRÊTER DE GUEULER MORT BLEUE -
288 !
- Hm... Pardon capitaine... Mais l'abordage est pour bientôt et les mousses vousattendent pour vos directives et conseils habituels...
- Exact - 200... 200... 280.... 280... Merde 280 Quoi ?
- 280 pompes capitaines, mais sauf votre respect, je crois que vous pourriez remettre vos exercices à plus tard Capitaine Pitaine, les matelots vous attendent, et Pudington s'est déjà proposé pour diriger l'abordage à votre place...
- Mort bleu !
Et pitaine sauta sur ses pieds, lança un bras vers le pantalon qu'il envoya valser par-dessus lui, fit un salto arrière et retomba dans son pantalon tandis qu'il resserait déjà la ceinture bien au-dessus de sa taille.
- Chemise Ozépinar !
et le mousse ozépinar lui lança la chemise pendant que Pitaine esquissait une espèce de coup de pied retourné capoéra en enfilant sa chemise sans même la toucher, il tourna trois fois sur lui-même, et la chemise fut boutonnée.
- Impressionnant capitaine...
- Mousse couzue mouche Ozépinar, point de compliment !
...
Dehors Pudington se tenait sur le pont supérieur, hurlant à la foule amassée en bas ses recommandations :
- Pour dézinguer un type comme Koujak ou Razine, pas de quartier, concentrez toute votre puissance de feu sur eux, pendant ce temps, il en faut deux ou trois qui lancent les harpons à corde et attrapent Hector par le col-back et le jète à la mer vite fait bien fait. Faut aussi se méfier du Mousse Taikendo et du mousse amoussamoussa moins pacifique qu'il n'en a l'air, alors quand il arrive, vous le chopez par les rostignoles comme ça (il fait un geste évocateur) et vous les lui
tranchez aussitôt avant de les jeter à la mer ou de les croquer, ce qui donnerait un sacré coup au moral des troupes.
- Heu... Remarqua Mousse Décanar... C'est pas très en conformité avec le code éthique de la marine britanique ça...
- Vous voulez dire déontologie Décanar ?
- Oui Pudington...
- Mais bordel on est pas dans un chalutier ici ! C'est pas la fête de la pêche aux huitres ni la calmar partie de Briston ! Ni la...
Et Pitaine lui attrapa une oreille qu'il froissa énergiquement entre ses deux mains, avant de l'attraper par le col et de l'envoyer valser derrière...
« Merci pour votre participation Pudigton... bien, reprenons plus sérieusement. Vous savez tous ici que ceux d'en face ne sont pas des rigolos ! Peut-être même que certains d'entre vous ressentent de la peur. Qui parmi vous a peur ? »
Personne ne broncha.
« D'accord, je vois... laissez-moi reformuler ma question ; qui parmi vous n'a pas peur ? »
Personne ne broncha.
« Voila, c'est ce que je disais. Et bien mes fiers soldats de la couronne il n'y a pas de honte a avoir peur; étant donné la réputation qu'a acquis Koujak au fil des années n'importe qui d'un peu censé serait terrorisé par la perspective de cet abordage ». Tout le monde se tourna vers Pudington qui un peu à l'écart répétait des Katas en poussant des petits cris aigus. « Pourtant mes amis, en vérité je vous le dit Koujak n'est qu'un homme. Un homme que j'ai connu personnellement à la Royal Navy, un homme que je respectais, un ami... ». Le regard de Pitaine se fit lointain et nostalgique. La petite foule de marin le regardait intrigué et attendait la suite.
« Koujak est un personnage exceptionnellement audacieux et téméraire. La hardiesse au combat de ce fin stratège n'est plus à prouver. Mais c'est son inventivité dans les situations les plus extrêmes, sa fougue dans les combats et son absence totale de pitié qui font de lui un pirate comme il n'y en a qu'un par génération, tout à fait hors-norme, insaisissable, qui est toujours parvenu à se débarrasser, sans même donner l'impression de se fatiguer, d'équipages bien plus coriace que vous et de soldats bien plus entrainé que vous ne l'êtes. » Sur le pont certains marins montraient des signes de nervosités, d'autres semblaient très abattus. Dans son coin Pudigton donnait des grands coups de tibia dans le mat pour « tuer les nerfs » comme il disait. Pitaine continua ;
« MAIS ! Mais Koujak a également des faiblesses, des failles, que nous pourront peut-être exploiter ! » Une lueur d'espoir apparut dans les yeux des marins. « Par exemple Koujak est assez prétentieux. Je me suis toujours dit que son ego le perdrait un de ces jours. Mais ce n'est pas tout !je le soupçonne de ne pas être un bon chrétien et je pense que, pour couronner le tout, son hygiène corporelle est loin d'être irréprochable. Voilà, essayer d'exploiter ces précieuses informations, des hommes ont donnés leurs vies pour les ramener. Nous allons procéder à l'attaque, bonne chance à vous ».
Il tourna les talons pour aller coordonner les tirs de canons laissant derrière lui un équipage hébété. Certains tombèrent à genoux et se mirent à prier avec ferveur pendant que sur l'autre bord Pudigton, qui avait réussi à se trainer jusqu'au bastringue et à s'y accrocher, ses jambes ayant triplé de volumes ne le supportant plus, traitait ceux d'en face de « Zob d'eau douce ».
Pitaine envoya Cook à l'avant du Gallion pour agiter un large drapeau blanc. Au sommet du mat principal, un mousse agitait énergiquement un autre drapeau blanc, et l'on mis le drapeau anglais en berne.
Pitaine fit poser une longue planche par-dessus les eaux à babord, il se tenait près de la planche, un porte voix en main.
Le Raphio d'or leva les voiles et lentement, tout en se rapprochant l'un de l'autre, le gallion du capitaine le rattrapa et avança sur le flanc du Raphio de Koujak.
Les deux bateaux se trouvèrent l'un contre l'autre, à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre, chaque équipage se faisant . Le vent s'était calmé, la mer était plate et un silence de plomb pesait sur les deux navires, à peine dérangé par quelques clapotis et de légers froissements de voile et grincements de cordes.
Tous étaients armés. Sur le bateau de Koujak, l'immense Hector était laché et scrutait d'un oeil vide les matelots de Pitaine en trainant son boulet déformé ; à ses côtés, Rézou pliait et tendait un bambou en narguant les hommes de l'équipage du Gallion. Razdine se tenait fier sur le pont supérieur, et devant, lui les hommes, sur le pont supérieur, et le pont inférieur, se tenaient près des canons ou la main à leurs armes.
Pitaine s'avança sur la planche de quelques pas et porta le porte-voix à sa bouche.
A ce moment là, sur le pont du Raphio d'Or une porte s'ouvrit à la volée, et Koujak se précipita sur le pont la main au fleuret, esquissant de temps à autre de petits coups de têtes pour dégager de son visage la mèche qui cachait son oeil de verre et sa grande cicatrice. Il portait plusieurs ceintures supplémentaires qui lui barraient le torses ou descendaient à mi-cuisses, portant plusieurs tromblons et une douzaine de lames courtes, fines ou courbes en plus de son sabre.
(Razdine, dans son costume de soie ne portait que son fleuret, son tromblon et une lame fine entre les dents.)
De l'autre côté, Cook et de nombreux hommes d'équipages agitaient les drapeaux blancs d'une main, et se tenaient prêts à dégainer leurs armes. Pudington dans son brancard fit quelques gestes obsènes par dessus le parapet et hurla quelques "Pirates d'eau douce !" et autre "Bande de Reinettes" qui vinrent percer le silence avant de recevoir quelques violents coups de drapeaux par quelques-uns de ces voisins et une douzaine de pèche et coups de bottes en pleine poire.
Quand les drapeaux de l'extrémité ouest du gallion eurent finit leur étrange danse, Pitaine entonna ceci dans son porte voix :
"
Publié par argonautes à 12:31:28 dans Pitaine et Koujak | Commentaires (2) | Permaliens
Le Galion tanguait fortement, se dirigeant tant bien que mal entre de nombreuses séries de vagues immenses,
Au gouvernail, le Capitaine Pitaine pestait contre ses mousses,
Il s'agissait de rattraper le bateau pirate du Capitaine Koujak Koujak à la grise moustache, condamné à mort et recherché pour avoir pillé et coulé une cinquantaine de navire de sa majesté la reine Kasstêt' II d'Angleterre.
Dans la brume et l'embrun, on ne distinguait qu'une tache sombre au loin et les lueurs de quelques lanternes à apparaître et disparaître dans les creux de l'horizon, le navire de Koujak Koujak à la grise moustache ne devait être qu'à une lieux du Galion de Pitaine...
Koujak koujak la légende des 7 mers écumait les eaux de l'empire britannique et espagnol depuis des années, pillant tout ce qui croisait sa route, et restant absolument insaisissable.
Son vaisseau, le "rafiot d'or", semblait dompter les grains et les tempêtes et finissait toujours par échapper à ses poursuivants.
De nombreuses légendes courait sur son compte et il était difficile de démêler le vrai du faux tant les hommes étaient impressionné par le seul nom de Koujak Koujak. Comme celle affirmant que sur une ile tropicale entre le douzième mugissant et le dix-septième ronchonnant, Koujak avait amassé tant de richesse qu'il pouvait racheter la couronne britannique si cela lui plaisait. Cette fantastique cache était soi-disant connu de lui seul et de son bras droit, Razine Bépoix, fidèle parmi les fidèles.
Certains promoteurs peu scrupuleux avait tenté de reconstruire cette île dans les Bahamas, qu'ils avaient baptisé "koujak koujak Island", et qui proposait un parc à thèmes et de nombreuses animations comme des mises à sacs de villages de pêcheurs reconstitué et de grande chasse aux trésors organisés.
Mais les promoteurs, comme c'est souvent le cas, n'avaient pas fait la demande d'un permis de construire. Les autorités n'étaient donc pas au courant et la flotte militaire détaché à la traque de Koujak qui finit par avoir vent d'une Koujak Island, la rechercha sans relâche, la trouva et avant de se rendre compte de la boulette la raya de la carte. Cette méprise couta la vie à 745 touristes, la plupart fortunés, dont le Duc de Canterburry et toute sa famille.
L'affaire fit grand bruit, beaucoup de fusibles sautèrent au ministère de la mer et les révélations trois semaines plus tard du "corsaire people" selon lesquelles c'est Koujak Koujak qui avait répandu la rumeur de l'existence d'une Koujak Island au sein de la flotte militaire pour faire diversion ne firent rien pour calmer le scandale. Ni le fait qu'on réalisa peu de temps après que Koujak était dans les parages lors de l'attaque et qu'il attendit que la flotte s'éloigne pour récupérer les bourses et les bijoux sur les cadavres encore chauds, les costumes des spectacles prévus, les fonds des promoteurs, et prendre en otage un des fils survivant du Duc de Canterburry, seul héritier, qu'il échangea aux autorités contre une rançon de 12 000 écus.
L'humiliation pour la couronne et la flotte britannique était totale, le budget consacré à la traque de Koujak fut triplé et l'on nomma Pitaine, héros de l'empire, général en chef de l'opération "cyclone fou-furieux" avec la consigne secrète de faire super gaffe aux rumeurs qu'il entendrait sur sa route.
Le pont du Galion tanguait puissamment et était traversé par de puissants vents chargés d'embruns. Quelques vagues chahutaient parfois l'un des flancs du navire, et s'étalait en ronflant en traversant le pont. Les mousses courraient de voile en voile, d'un bord à l'autre. Des charges se basculaient largement en tirant sur les cordages. Le bateau grinçait de tout son corps, mais les hommes d'équipage n'en sentaient le travail qu'aux vibrations qui se transmettaient au sol par le bois, tant la puissance du vent et la tempête était assourdissante.
Pitaine se tenait droit accroché par ses puissantes mains à la barre, il regardait au loin la vague trace du bateau pirate, et songeait à Koujak...
Bien des années plus tôt, ils s'étaient croisés à l'école royale de navigation militaire, Koujak était son ainé de trois ans, et finissaient ses études. C'était déjà une légende vivante. Il n'était ni le fils d'un haut dignitaire, ni membre d'une puissante famille marchande ou de la noblesse. Koujak avait été embarqué à 17 ans comme mousse sur un navire qui se fit attaqué par les français, pendant l'abordage, il désarma un capitaine français, et abattu une dizaine d'homme d'équipage à lui seul.
Devant l'exploit, son capitaine écrivit à la reine pour l'inciter à donner au jeune une bourse qui lui permettrait de finir capitaine...
Il travailla remarquablement bien, et à 24 ans, il finit plus jeune capitaine de la marine britannique...
Ce jour là, il quitta le port de Portsmouth dans un galion flambant neuf pour une mission militaire des Antilles... Le bateau glissa lentement toutes voiles levées devant la foule assemblée, devant la reine elle même, tout le personnel de l'école de marine, et...
Le bateau ne revint jamais. Deux tiers de son équipage fut torturé et jeté par-dessus bord au large de la Bretagne, et le bateau hissa le drapeau noir...
Qu'avait-t-il pu bien se passer dans la tête de Koujak ? Les spéculations était allait bon train mais de tous ceux qui avaient placé de grands espoirs en la carrière de Koujak, le plus cruellement meurtri était sans aucun doute Pitaine...
A l'école royale de navigation Pitaine, comme beaucoup d'autres étudiants était en admiration devant Koujak. Ses mouvements vifs et précis, son regard intense, l'assurance qui exultait de lui et d'une manière générale -c'est le mot qui venait automatiquement à l'esprit lorsqu'on le rencontrait- son panache, en avait fait l'idole des plus jeunes, le plus aimé de sa promotion et le plus respecté de ses professeurs.
Enfin, de la plupart de ses professeurs. Car pour certains l'attitude de Koujak pouvait apparaitre comme de la morgue. Quelques-uns pensaient tout bas ce que le professeur en déplacement tactique en zone de récif, Mr Fubble, se plaisait à dire tout haut à la moindre occasion : « Ce Koujak... mais qu'est-ce qui se la pète! ». Et en effet Koujak était en général très sur de lui et n'hésitait pas à contredire un professeur même en cours magistral. Il était fréquent de l'entendre dire des choses comme ; « excusez-moi professeur mais avec un sextant en nord-nord-est et une bise arctique de force 3 en nord-sud-ouest, réduire la voilure de deux tiers pour un virement à 50 degrés à bâbord ça me parait un peu... mou. Oh ! bien sur avec ça on ne prend pas de risque mais enfin je pensais que c'était une formation militaire qui nous était dispensé ici et pas une formation... de pêche au gros ! » Ou encore ; « pas possible de prendre des vagues de 12 pieds avec un angle d'attaque à 35 degrés sous un vent latéral ? Et Magellan il l'a passé comment le cap de Brisby-Outaka le 03 mai 1502 ? En pédalo ? Avec tout mon respect professeur, dans la marine c'est lorsqu'on ne connait plus ses classiques qu'on navigue comme un vieux ! ».
Bien sur il prenait souvent des avertissements et son nom était évoqué systématiquement en conseil de discipline mais ses excellents résultats dans toutes les matières le dispensaient de trouble plus sérieux. Le problème cependant est que les jeunes avaient tendance à l'imiter, avec moins de brio, et il était fréquent que Pitaine entende en classe des choses comme ;
- « ah bon ? On ne peut pas faire une gaudille tribord-bâbord dans un détroit avec un courant chaud-froid alterné ? Et Marco-polo il l'a franchit comment le passage des esquilles en Syrie ? En espadrille peut-être ? Hu ! Hu ! Franchement professeur, ce n'est pas avec vos méthodes frileuses qu'on va conserver l'empire britannique ! »
- « Marco-Polo était à cheval, Dugommier. 4 heures. »
Ou encore des propos comme ;
-« donc laisser-moi résumer Pudington, vous proposez d'augmenter la voilure au maximum et de prendre élan sur une vague de trois mètres pour sauter par-dessus la barre rocheuse ? »
-« ouais monsieur, on n'est pas à la pêche au gros ici ! »
-« zéro Pudington. Et rentrez chez vous. »
Mais qu'importait ces petites bravades en cours, l'admiration de pitaine pour Koujak était intacte car en dehors des classes il n'était qu'hardiesse, courage et humour. Un vrai chef né.
Koujak était assis dans ses appartements. Devant lui s'étalait la carte des récifs. Il était tout en bleu, un vêtement large et bouffant. Il avait un œil brun et un œil de verre noir brillant où était incrusté le contour d'un crâne en nacre. Une balafre lui traversait la moitié droite du visage jusqu'à l'œil de verre. Une grande mèche brune pendait par là et la masquait régulièrement. Il avait les manches retroussées et sur les avants bras d'innombrables cicatrices. Quant à la moustache de Razine, ce n'était que quelques poils gris, six ou sept tout au plus, démesurément longs et couchés en long, croisés et tressés pour faire illusion, de sorte que sa lèvre supérieure était légèrement pincée en rebiquant vers le haut.- Ah ! S'enthousiasmait Koujak... Je sens qu'il va bien parler aujourd'hui... J'aimerais pas être à la place du Gallion ! Hein Rézou !!!! Et il lui renversa une petite casserole de beure sur les cuisses.
- « je ne dirais rien ! je n'ai pas oublié comment vous m'avez remercié pour mon idée géniale d'envoyer un espion répandre la rumeur de koujak Island au sein de la marine anglaise ! 6 mois de cale !
- « c'est bon pour le teint ! le grand air ça tanne et vous avez l'épiderme délicat Rézou », dit Koujak en lui versant dessus une marie-jeanne de rhum tandis que Razine jouait avec une chandelle autour de sa tête. « vous feriez bien de trouver une idée avant que nous finissions de préparer ce Baba-au-rhum ! dépêchez-vous ; il n'y a plus qu'à mettre au four ! Ah ! ah !
- « je vous en prie koujak, nous savons très bien tous les trois que si vous me mettez le feu, avec tout le rhum que vous venez de verser c'est toute la cabine qui flambe et 20 minutes après c'est le Rafiot d'Or qui sombre ».
Koujak et Razine se regardèrent décontenancé. Il flotta un silence gênant puis Razine éteignit prudemment la chandelle et la reposa la main tremblotante tandis que Koujak s'épongeait la sueur du front.
- « très bien Rézou ! Vous êtes le plus malin. Vous avez compris que Razine et moi ne sommes pas des hommes de terreur. Non en vérité, je vous le dit, nous sommes des hommes d'esprit, de compromis et de diplomatie. Nous ne savons pas torturez, alors aidez-nous à trouvez une solution et vous serez récompensé ».
- Vous venez quand-même de m'ébouillanter les pieds à l'huile, de me chatouiller les aisselles au fer rouge et de salir mon pantalon avec du beurre tiède. Pour des gens qui ne savent pas torturer vous improvisez bien. »
- « bon, Rézou votre attitude ne résout rien ! ho ! ». ils s'esclaffèrent tous les trois. « hum ! bon restons sérieux... Razine, détachez cet homme que nous parlions d'égal à égal. Rézou est un artiste du plan machiavélique et un artiste à besoin de liberté pour créer. Nous avons été un peu dur avec vous Rézou, j'en conviens. Votre intox de Koujak Island nous a été fort utile mais que voulez-vous ? lorsque j'ai vu que suite à cet événement la mise à prix de ma tête avait doublé et que le gouvernement avait déclenché l'opération « cyclone énervé »...
- « ... fou furieux... »
- « oui, « fou furieux énervé » et bien je me suis dit...
- « non, opération « cyclone fou furieux » ça s'appelle ».
- « oui bon, donc j'ai vu rouge et j'ai fais enfermé le responsable de cette idée ».
- « vous ne pensez pas que ce qui a déchainé les foudres des autorités c'est la grande interview que vous avez accordé à « Sea Time » avec gravure-reportage dans laquelle vous pavoisiez sur votre projet d'utiliser les 12000 écus de la rançon pour faire construire à cuba un grand complexe hôtel-club avec piscine et soirée mousses que vous comptiez baptiser le « Fuck The Queen » ? »
- « hum... bon d'accord je suis peut-être allé trop loin sur le coup mais que voulez vous, l'euphorie du moment, mon portrait en couverture du « Sea Time », le sondage de « forban » m'élisant pirate le plus sexy de l'année... tout ça la même semaine... je me suis un peu enflammé voilà tout ! et si nous oublions toute cette malheureuse histoire ?»
- « en parlant d'enflammer, m'offririez-vous un verre de rhum ? »
- « mais bien sur mon cher Rézou ! ah... non, tiens c'est bête je n'en ai plus une goutte depuis que j'ai tout versé sur... enfin je n'en ai plus. Ecoutez Résou, si vous nous aidez je vous promets que vous ne le regretterez pas ! »
- « que m'offrez-vous ? »
- « un pantalon neuf ».
Ils s'esclaffèrent tous les trois.
Rézou était en train de faire les réglages de sa lunette quand il s'aperçut que de légère vibration dérégler l'axe qu'il recherchait. Sur le pont les mousses vaquaient à leur occupation. Ochoc était en train de réparer un cordage quand il sentit quelque chose d'anormal ;
- hé tique ! tu sens pas quelque chose de bizarre ?
- ouais désolé, les sèches de midi étaient pas vraiment fraiche...
- non, je veux dire comme un genre de vibration ?
Peu à peu les pirates s'arrêtaient et se regardaient interrogatif. Les vibrations s'intensifiaient, tout le monde pouvaient les sentir désormais, jusqu'à ce qu'elle devienne de véritable secousse. « Nous touchons des récifs ! » hurla quelqu'un. « Non, c'est surement un barrière de corail ! » hurla quelqu'un d'autre. « Impossible ! Pas ici ! Peut être que le galion nous tire dessus ? »
Pendant que tout le monde s'agitait, à l'écart le petit mousse taïkundo était pétrifié, et regardait fixement quelque chose qui le plongeait dans une ombre grandissante... « Oh non, non... quelqu'un a libéré HECTOR !!!!! »
Hector, ou le « colosse des Bermudes » comme il était surnommé, était un vigoureux gaillard de 2, 21 mètres pour 198kg. Atout majeur de Koujak dans les abordages et combats au corps à corps, légende vivante dans tout le milieu naval pour avoir survécu a un boulet de canon prit en pleine tête lors de folles aventures de jeunesse, Hector était toutefois une personne « difficile à manier » selon Koujak et dont la « relation problématique dans un environnement hiérarchique et dans le rapport à l'autorité » méritait en temps de paix ou dans les périodes d'accalmie une mise au cachot « à grand coup de pied au cul ». Pour l'équipage du Rafiot d'or, le problème était l'imprévisibilité d'Hector ; celui-ci pouvait être calme et indolent, voir obéir passivement a n'importe quel ordre, ou s'abimer parfois de très long moment dans la contemplation de petites choses, comme un morceau de savon noir coincé entre deux planches du pont, ou encore un plume de Papadakor tombé au sol. Mais d'autre fois, et pour des raisons en apparence aussi insignifiantes, Hector s'énervait, et quand Hector s'énervait... il valait vraiment mieux qu'Hector s'énerve dans le navire d'en face. Ses baffes avaient différent surnoms suivant leur spécificités ; il y avait « l'hectorine », l' « hectornade », la « dobeul hector », le « retourné des Bermudes », la « maxi best of », la « cognante de panama », la « claquante des grands fonds » et puis les autres prises comme « l'Hector kick », le « coup de boulet » (il avait toujours sur lui le boulet de canon auquel il avait survécu monté au bout d'une chaîne), « l'hectorcution », le « mawashi des Antilles », et la « morsure du grand blanc ». Leur point commun était un taux de survie des victimes très faible. Le problème c'est que lorsqu'il commençait à cogner Hector n'était plus vraiment à l'écoute et il continuait parfois à cogner une bonne heure avant de réaliser que le combat soit fini.
Hector traversa le pont sous le regard inquiet et craintif de l'équipage. Il suivait docilement Razine qui marchait d'un pas pressé vers la cabine. Razine s'arrêta soudain et leur hurla dessus ; « qu'est-ce que vous regardez comme ça, bande de moules avariées ! Vous n'avez rien de mieux à faire ! Vous voyez pas que le galion se rapproche de nous ? on va bientôt essuyer de la grêle si vous bougez pas vos fions de bleu-bite ! Tous à vos poste tas d'huitres insomniaques !!! ». L'équipage se dispersa prestement, non pas tant effrayé par les vociférations de Razine que par les tics nerveux qu'elles provoquées sur Hector...
Razine fit discrètement entrer Hector dans la cabine. Koujak toujours dans la même position attendait patiemment tandis que le perroquet clopiner sur le plancher autour de lui dans une sorte de danse ressemblant étrangement aux danses guerrière des indiens d'Amériques. Il répétait inlassablement une incantation : « koujakokachooooo ! okachokoujaaaaaaak ! ».
- « capitaine, c'est moi Razine, je vous ai ramené Hector ».
- « est-ce que quelqu'un vous a vu ? »
- « euh... peut-être le mousse taïkundo... »
- « vous l'éliminerez. Je veux que personne ne se doute de cet accident. »
- « mais capitaine... je ne crois pas qu'il puisse imaginer que... je ne pense pas que quiconque puisse imaginer ce... d'ailleurs moi-même j'ai encore du mal à comprendre comment... »
- « oui bon ça va Razine ! je me passerais de vos commentaires ! qu'est-ce que vous attendez pour me dégager ? vous ne voyez pas que je vous fais la conversation de sous une armoire !!! »
A ce moment là on frappa à la porte de la cabine. « Chut, on n'est pas la » murmura Koujak sous l'armoire. « Capitaine ! », une voix cria derrière la porte, « Capitaine, c'est urgent ! Le galion passe a tribord et nous coupe la route vers l'île ! ».
« Ne faites aucun bruit », chuchota Koujak à l'attention de Razine et Hector, « il va finir par partir ».
- « capitaine ! » cria une deuxième voix, « répondez-nous !». Razine dit à voix basse : « mon capitaine, ils savent que nous sommes là... il vaut peut-être mieux répondre »
- « taisez-vous ! », hurlota koujak, « ils vont partir et là Hector pourra démolir cette armoire ».
- « mais qu'est ce qui se passe ici ? » demanda une troisième voix derrière la porte.
- « le capitaine ne répond pas et le galion se rapproche toujours »
- « c'est bizarre pourtant c'est sur qu'il est dans sa cabine », dit une quatrième voix.
- « Ah ça, il n'y a pas de doute ! Et même qu'Hector et Razine y sont rentré y a pas 5 minutes ! »
Personne ne put voir le regard noir de Koujak sous son armoire.
- « peut-être qu'il est arrivée quelque chose au capitaine ? »
- « ne dit pas n'importe quoi ! qu'est ce qu'il pourrait lui arriver dans sa cabine ? le capitaine c'est pas le mousse Bobo-la-déveine ! », argumentèrent une sixième et septième voix.
- « mais c'est peut-être un coup fourré de Razine. Peut-être qu'il a ramené Hector pour dézinguer le capitaine. J'l'ai jamais trop senti ce Razine. »
- « ouais c'est vrai ! Razine c'est du genre à vouloir être capitaine à la place du capitaine ! »
- « M'étonnerais pas qu'y complote depuis le début contre notre capitaine ! C'est quoi son surnom déjà ? Razine-la-fouine ?»
- « Non, mais c'est quequ'chose qui ressemble».
Dans la cabine, sur une feuille de papier, Razine-l'ouïe-fine notait calmement une liste de noms. Cinq minutes plus tard c'était un véritable brouhaha qu'on pouvait entendre derrière la porte. Les hommes discutaient pour savoir s'il fallait ouvrir la porte ou non, mais la plupart craignaient de commettre une erreur fatale. A un moment koujak et Razine entendirent « tiens, foodgy, t'es ici ? Mais c'est pas toi qui tiens la barre ? »
- « ben si, mais y avait plus personne là-bas alors j'ai commencé a vous cherchez et là j'ai cru que le bateau était désert. Vous m'avez foutu une de ces pétoches ! Pourquoi tout le monde est ici ? »
- « Bon les gars on l'appelle une dernière fois et si il répond pas, on retourne à nos poste et on attend de voir ». Tout le monde tomba d'accord.
-« CAPITAINE !!!!! »
-« ENTREEEEEZ !!! »
...
Razine, blanc comme un linge, eut le temps de se retourner pour voir Papadakor sur le bureau arborer triomphalement sa poitrine colorée, fier d'avoir réussi sa meilleure imitation de Koujak, avant que la porte de la cabine ne s'ouvre à la volée sur la foule des matelots.
Publié par argonautes à 11:01:54 dans Pitaine et Koujak | Commentaires (1) | Permaliens
- Tu me reçois ?
...
- 5 sur 5 capitaine Mirzouk. Dois-je actionner l'hyperpropulseur?
...
- Pas encore, as-tu vérifié l'hydropression du mégamètre à capsules doubles ?
Où en est la balance gigatétranet à impulsion magnétosensibles ?
Tu as 5 minutes de carburant sur le rétroréacteur avant droit incliné
positivement. Sinon tout est bon...
...
- Suivi tes instructions et j'ai pu débloquer le logiciel de navigation en mode de
réguloactivité minimales.
Le système est instable mais il devrait tenir le coup jusqu'au rééquilibrabe
des hydrotenseur technobulmique à feedback rétroinjecté.
Sinon le grille-pain a laché.
...
- Mauvais signe, le grillage du grille pain peut être fortuit ou provenir
d'un excès de dioxygène dans la cabine, auquel cas j'ai peur que les filtres
à hypotenseurcarbonatés des conduits n'aient été endomagé par la surcharge
élétromagnétique engendrée lors de l'allumage de l'écran.
Les as-tu vérifiés ?
Qu'indiquent les graphiques alphas et G mineur de la Sonate des pressions et
compositions atomosphériques préssurisées ?
Répond rapidement.
...
- Les graphiques indiquent une augmentation pluriexponentielle en clé d'ut
du taux d'azotinette séborégulatrice de précipité chimique de l'enduit
d'isolation des parois. A fortiori pas de rapport avec le grille pain...
pourtant le voltamètre digital indique une surconsommation d'énergie dans le
répartiteur pluralodirectif d'hypoelectricité nucléaire ce qui laisse
imaginer qu'un court-circuit déstabilise le système cervorobotisé de
réassemblage des flux hyperconductifs. Hum... ça sent pas bon. Ah d'accord
le réseau intelligent d'écluse et de vidage autoprogrammé de la fosse
sceptique vient de lâcher derrière le tableau de bord.
Sinon c'est à droite ou a gauche après KAKOUBIX 227?
...
- Après Kakoubix 227, tu prends légèrement sur la droite pour profiter de
l'attraction ubigalactique à sinusoïde partielle engendrée par la présence
du double trou noir en bas à gauche de la galaxie...
Par contre quand tu dis que "ça sent mauvais", c'est une expression
métaphorique pour suggérer la difficulté présente de la situation technique
et électro-régulatrice ambiante, ou "ça pue" vraiment auquel cas j'ai pensé
que ça pourrait renforcer l'hypothèse d'une recomposition sensible des
qualités ambiantes des équilibrages synthétiques du système
ventilo-filtrateur.
Math' émet une autre hypothèse : les conduits téta et téta prime (avant
gauche sous l'essuie-glace) pourraient laisser passer quelques effluves des
produits nettoyants au chrilate qui périment facilement. J'ai vérifié, le
mélange chloraté au potassium subit mal les vitesses de croisière à plus de
612 c lumière. Il produit parfois un précipité marron clair, qui est peut
être ce que tu as pris pour un relargage intempestif de la fausse
sceptique...
Enfin c'est à vérifier...
A l'avenir soit quand même plus précis, évite les expressions métaphoriques
et reste scrupuleux dans tes formulations. On t'a déjà fait la remarque, que
ça ne se reproduise plus.
...
- A vrai dire j'ai utiliser l'expression "ça sent mauvais" pour faire à la
fois un topo clair et concis sur la situation technique exprimant mon
inquiétude, raccourci qui vous permettait de prendre en compte le facteur
psychologique dans la probable augmentation des taux d'adrénaline et de
pression sanguine mesuré par les capteurs biométriques intégrés de ma
combinaison en tissus polyhétaoctaumérisé compensé et double piqué avec
système de liquide gélifié antigravité, et à la fois pour faire état de mes
propres perceptions olfactives d'une persistante odeur de merde dans la
cabine qui pourrait dans une certaine mesure altérer ma capacité de
concentration sur les indicateurs luminosenseurs des mesures
relativo-équationelle du troisième degré de la courbe
précalculo-prospectivo-anticipé du plan du vol virtuel en nanodimension.
J'espérais donc par cette métaphore faire une économie de langage qui
m'aurait permis de sauver un pourcentage non négligeable d'oxygène, vu que le
quatrième réservoir d'O2 métano-oxidé fuit depuis une heure.
Mais là, c'est râpé.
...
- Râpé, qu'est-ce qui est râpé ?
Est-ce le système métaglobulaire interne des capteurs capillosensibles de
votre combinaison ?
Ce serait gênant. Mais pas le temps ici d'analyser ce problème mineur
potentiel de classe Y, car les résultats du scanner à impulsions préviennent
d'un risque de collision majeur (de classe A). Je vais donc être dans
l'obligeance de recourir au mode d'expression Alpha, relié au évènements
urgents de classe A de manière à ce que nous parvenions à gérer la situation
au plus vite.
Un Faisceau laser de densité millitaire vient de quitter le système Kakubix
227, en provenance de Isiris KaluKalu 42, la septième lune de
Kashakakarikiki 12, la petite plantète en orbite autour de l'étoile
75756DFGDF65GFD654 de la dimension K de Kakubix.
Il s'agit d'un rayon vert et ultraviolet, chargé de positions et photons
enrichis en vibrations lentes, de quoi, comme vous le savez, pulvériser
votre vaisseau en moins de 0,0007 millisecondes en cas d'impact.
L'origine de l'impulsion est encore inconnue, une équipe de cosmoethnologues
diplomés en diplomatie interplanétaire de Sciences Po New Paris
Interstellar, travaille à l'identification pour tenter de pacifier cette
population.
En attendant, le rayon devrait croiser votre trajectoire dans 07 minutes, 14
secondes et 3,45678 millièmes de secondes en temps universel.
Tentez un brusque ralentissement par inversement des hydroréacteurs à
métanium enrichi, faites chuter votre vitesse de croisière en dessous des 6
Giga C de la lumière, de manière à pouvoir virer de quelques degrés sans
vous pulvériser ou vous dématérialiser.
Fin d'analyse de classe A
...
- Captain mirzouk je viens de prendre connaissance de votre analyse de classe A. j'étais malheureusement occupé depuis quelques minutes à résoudre la source de formation de carbone sur mes tartinettes suite à l'installation d'une résistance électrique trop forte dans le grille-pain.
Si vos calculs sont exacts je n'ai donc plus qu' 1 minute et 47 secondes avant l'impact du rayon ionisant à particules denses d'origine belliqueuse (en fait j'avais 1mn 47 secondes et 37, 56003 centièmes mais devant l'urgence de la situation j'ai pris l'initiative d'arrondir à l'inférieure).
Je n'ai donc plus le temps d'inverser les hydroréacteurs et si je vire à cette vitesse nous savons très bien que je me désintègrerais à l'instant même en particules quantiques. Je n'envisage donc que deux solutions désespérées ;
-soit je profite de la minute qui reste pour sauter dans la capsule de secours Isis B9 et je m'éjecte dans l'espace intersidéral. Etant donné que le trafic interstellaire dans ce segment de la galaxie est de 0.03 sur l'echelle Starfrequency il est très peu probable que ma capsule ne soit récupérée par un vaisseau avant 7 siècles. J'aurais juste le temps de prendre un thermos de café et un magazine avec moi et dès que le temps se fera un peu long je me cryogéniserais.
-soit j'utilise les trente secondes qui me restent pour monter un circuit dérivé utilisant le surplus électrique de la résistance de mon grille-pain pour renforcer la capacité d'absorption de mon bouclier électromagnétique et espérer ainsi pouvoir encaisser le rayon sans subir trop de dommage.
J'opterais pour la solution que votre équipe jugera la plus sure. Comme vous le voyez dans les deux cas nous pourrions ne plus nous revoir. J'en viens donc à un dernier point essentiel avant notre possible dernière communication ; il est très probable que dans l'équipe de cosmodiplomates que vous avez mentionné se trouve un jeune diplômé qui se nomme Hervé Bulbor. C'est mon cousin. Passez-lui le bonjour de ma part et dites lui que sans faire exprès je suis parti avec les clés de sa navette Peugeot dans la poche.
...
- Voici l'ordre : éjecte-toi dans Isis B9, il y a deux heures de batteries de secours sur le réseau de communication. Reprend contact dès que t'es suffisamment éloigné du vaisseau. N'oublie pas de diminuer au maximum la vitesse de la navette avant de te décrocher sans dépasser le seuil d'atomisation quantique. Fin d'ordre de transmission.
...
...
...
- Allo ici Isis B9. Ejection réussie, vaisseau mère pulvérisé, fondu puis atomisé en nuage vert clair à point rouge, très joli. Grand moment. J'ai pris une photo. Attend suite directive.
- Voilà, remets-toi de tes émotions et suit mes instructions à la lettre : 1/ Programme le cryogénisateur de la capsule pour une congélation totale en 12 nanosecondes. 2/ Ralentit progressivement ta vitesse de croisière et vise le système central de Kakoubix à croisière infralumière de manière à être en gravitation autour de la troisième planète du système dans exactement 652 années, 7 semaines, 2 jours et 7 heures 40 temps universel. 3/ Dès que tu auras défini ton plan de vol, donne-moi les coordonnées exactes de la position que tu occuperas en fin de course. 4/ Dès que tu as fini tout ça, tu peux te cryogéniser. Avant n'oublie pas de te raser tous les cheveux et tous les poils bien sûr (pour les poils du fessier, il y a une ventouse décoiffeuse-coupeuse prévue à cet effet), arrache-toi les ongles et mets-les dans les bocaux A à J (A> gros orteil pied gauche ; J> petit orteil pied droit), tu trouveras l'anesthesiant dans le tiroir C24 au-dessus de toi et les pinces-ramolliseuses-enleveuses dans le tiroir B02 à ta gauche. Je m'occupe de pacifier la zone ou de nanoniser cette civilisation en cas d'échec ou d'arrogance de leur part, ou encore si leur système d'assurance refusent de rembourser ton vaisseau et les clés d'Hervé Bulbor (il te passe le bonjour, et tiens à te rassurer : pas de problème car du coup son chef lui a prêté sa Mercédès coupée, décapotable en basse altitude, par ailleurs, il a tenu à me dire que tu vas manquer à toute ta famille et que tous tes potes vont fêté ton prochain départ, tu recevras de leur part une missive électronique dès ta décongélation achevée). Dès que j'ai fini avec ça je saute dans un vaisseau cryogénique pour te récupérer sur place en personne, car j'ai une mission de toute importance à te confier de la part de Maktor, régent de la galaxie. Programme tes feux de détresses, ton warning et tes antibrouillards pour l'heure de mon arrivée, que je te repère. Je te prépare un bon repas. Café ou thé pour ton réveil ?
...
- bien reçu. J'ai programmé le Cryospeed, j'ai défini le plan de vol pour Kashakakarikiki 12, la troisième planète du système Kakoubix, et je vous envoie les coordonnées exactes de ma position d'arrivée par fax. Je peux déjà vous dire qu'avec Poctarie 32 et la constellation Pitaine dans votre rétroviseur je serais en bas à droite de votre pare-vide, 2cm au-dessus de l'essuie-space. Dites à Hervé d'éviter de pousser la Mercedes au-dessus de 7 millions tours/minute entre la septième et la huitième vitesse parcequ'après la boite de transmission accroche un peu. Et dites lui aussi que j'ai hâte de recevoir leur vidéo-carte et que ça me fait quand même un petit pincement au cœur de savoir qu'ils seront tous mort depuis très longtemps quand je me réveillerais pour prendre mon café (j'aime bien le moka, avec 2 sucres merci).
Si vous parvenez à entrer en contact avec le système d'assurance de cette civilisation inconnue (et si bien sur il ne s'agit que d'un accrochage accidentel et pas d'un acte malveillant) précisez leur que mon vaisseau était équipé du dernier radio-cd Toshiba, encore sous garantie.
Il y a encore une chose... heum... vous n'avez pas du faire attention sur mon dossier médical que... malformation congénitale... qui... bref, je me suis servi de mon thermos à café pour faire le bocal K.
Pour le petit-déjeuner de 8h temps universel je prendrais un œuf à la coque et des tartinettes à la marmelade de mirtouille (et puis vous seriez un amour si m'apportiez un exemplaire numérique de « La depeche du cosmos », avec les mots-croisés 3D en dernière pages).
Je procède maintenant à la cryogénisation. A tout à l'heure dans 652 ans.
Publié par argonautes à 09:27:38 dans kakoubix 227 | Commentaires (3) | Permaliens
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