Ce blog présente les élucubrations de deux amis d'enfance. Contes et légendes farfelus, écris à deux mains, de l'espace ou d'ailleurs.
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Un matin peu banal, Lebon Flair, jeune homme de 19 ans, fait le tour des remparts de sa ville. A un endroit le rempart s'était écroulé et un bloc de pierre énorme bouchait le sentier, Flair le contourna et vit une main violette dépassant du rocher. La main était crispée sur un vieux parchemin. Au centre du mur éventré un petit coffre de bois était visible. Flair ouvrit le coffre et vit à l'intérieur une paire de lunette d'apparence banale et couverte d'une fine couche de poussière. Il s'en empara, les essuya délicatement et les posa sur son nez. Il était dans la rue, seul par cette heure très matinale et il ne remarque rien ; les lunettes ne grossissait pas la vue. Un peu dépité il s'apprêtait à partir lorsqu'il se souvint du vieux papier dans la main violette de ce qui devait un myope malchanceux. Il défroissa le papier et lu...
Dans la ville endormi baigné par la lumière du jour naissant, quelques lève-tôt purent entendre un cri lointain qui venait des remparts : « YOUPIIII !!! »
Lebon Flair parti en courant et en sautant de joie tandis qu'on pouvait lire sur le vieux papier jeté par terre « Carte du coffre aux lunettes qui voit le gens tout nus ».
Flair déambula en ville avec ses lunettes sur le nez. Les rues étant désertes il décida de passer prendre des pains aux chocolats à la boulangerie. Il n'y avait personne dans la boulangerie et il appela Georgette, la grosse boulangère... lorsqu'elle arriva derrière le comptoir il poussa un cri d'horreur les yeux figés sur son énorme ventre. Elle s'écria « Mais oh ! » et lui mit une mite. Il ramassa ses lunettes et s'excusa « Fuis Déffolé », et s'apprêta à partir lorsque Lili, jeune paysanne du coin entra, fine, longue, mince aux formes gracieuse et enchanteresses. Flair, la joue enflée, les yeux exorbités, scruta de haut en bas puis de bas en haut la jeune fille. Un filet de bave s'échappa de son sourire béat. Une rapide gifle (provenant de Lili) siffla et fit voler ses lunettes. Georgette la boulangère, qui avait déjà fait le tour du comptoir les rattrapa au vol. Puis il saisi Flair par le col et le jeta dans la rue. Georgette dit à Lili « ça va ma petite t'en fais pas, si ch'abruti là y r'vient j'ui en colle une terrible ! D'ailleurs comme j'ai ses lunettes y r'viendrai qu'ça m'étonnerait point ».
En effet à l'instant même Flair entra timidement dans la boulangerie ; « efcuvez-moi, pourrais-ve reprendre mes lunettes ? ». Il reparti dans la rue sans toucher le sol. Flair se releva furieux et hurla à la boulangère (une fois au bout de la rue) : « J'm'en fous ! Je reprendrai mes lunettes ! ».
2 heures plus tard Flair revint dans la boulangerie affublé d'une fausse barbe, d'un chapeau et de lunettes de soleil. Il demanda une baguette et scruta le magasin à la recherche de ses lunettes et finit par les trouver, poser sur une table derrière le comptoir. Prenant une voix grave il s'exclama :
« Mais ça alors ! que font mes lunettes chez vous ? »
« Vos lunettes ? »
« Mais oui, il y a quelques jours un jeune voyou a volé mes lunettes et je voudrai que vous m'expliquiez ce qu'elles font chez vous ? »
La boulangère lui expliqua toute l'histoire et se confondit en excuses. Elle lui tendit les lunettes quand Flair entendit un « Scritch ! ». Par la suite Flair écrirait une longue lettre d'insulte au fabriquant de colle à postiche, mais pour l'heure il sortit dignement de la boulangerie et une fois au bout de la rue hurla « e me engerais ! ». Il est difficile d'articuler avec une baguette coincée entre les deux joues. Il déglutit, failli mourir étouffé en avalant la baguette puis eu un éclair de génie ; « je sais quoi faire ! ». Il lui revenait en mémoire une nuit ou en marchant dans la rue il avait remarqué que la fenêtre de l'appartement de Georgette (juste au dessus de la boulangerie) était ouverte... il se rappelait aussi que sifflotant légèrement il avait réveillé Georgette. Elle lui avait lancé de toutes la force de son âge mur un sac de 50 kg de farine... puis un autre et enfin un troisième. Il était resté dessous jusqu'à ce que quelqu'un remarque la chaussure dépassant des sacs. L'idée germa en lui de rentrer de nuit dans l'appartement de Georgette et de récupérer ses lunettes.
La nuit venu il se dirigea vers la boulangerie, deux pulls dans son sac-à-dos. Il escalada la façade par une gouttière jusqu'à la fenêtre et jetant un coup d'œil à l'intérieur il put voir une énorme masse dépasser des couvertures (trop petites pour couvrir un telle surface). Contre la fenêtre il y avait un meuble chargé de bibelot (dont une collection de clochettes) ; il fallait le sauter sans faire de bruit ni faire tomber d'objet. C'est là que les deux pulls lui servirent ; il en attacha un sous son pied et l'autre à l'autre, de manière à étouffer les bruits de ses pas et ici de son saut.
Le lit était prés du meuble, ainsi devait-il sauter avec précision entre le meuble et le lit ou Georgette débordait... la boulangère ronflait.
Il s'élança. Une des manches d'un pull se détacha et fit vaciller une cloche de cristal. Flair chuta et il s'étala, sa tête s'arrêtant à deux centimètres de celle de la femme tandis qu'avec un de ses pieds il retint la cloche qui menaçait de tomber... le bruit assourdit de sa chute fit cesser de ronfler la boulangère qui fini par se retourner dans le grincement plaintif des lattes de son lit. Il soupira silencieusement et replaça la cloche. Il se redressa, marcha vers la porte en se félicitant d'avoir eu l'idée des pulls dont le seul inconvénient et qu'ils glissaient légèrement sur le parquet. Il ouvrit la porte qui grinça. La boulangère gémit « méeuuu ! On peu pas dormir... », Ouvrit un œil « quéque y se passe ? ».
« Miiiaaouuu !! », imita Flair et elle resombra dans le sommeil.
Il descendit l'escalier et entendit du bruit en provenance de l'arrière boutique, un cambrioleur ? Non, George le boulanger qui faisait son pain !
Flair passa devant la porte entrouverte de l'atelier et vit un petit homme sec et maigre, à l'air malheureux, s'affairait devant les fours à pain. Flair dépassa la porte sans se faire voir, alla dans la boutique, prit les lunettes qui n'avait pas bougé de place et les mit sur son nez avant de reprendre les escaliers. En arrivant dans la chambre il tomba nez-à nez sur l'informe Georgette nue sur son lit. Il ne put réprimer un cri d'horreur.
Georgette se réveilla en sursaut. Flair comprit le danger de la situation. Il s'élança, sauta sur le gros ventre de Georgette, rebondi et s'envola par la fenêtre. Mais sa chute fut stoppée au milieu du vide ; une des manches d'un pull s'était accrochée au meuble de la fenêtre. La tête à l'envers il essayait de tirer sur la manche du pull quand il vit dix gros doigts boudinés se posait sur le rebord de la fenêtre, suivit d'une grosse tête très en colère. Flair tenta un « Miaoooooooou ! » mais Georgette comprit l'astuce et le saisi par les chevilles. Alors avec la rapidité du félin enragé il saisit ses lunettes et les plaça sur le nez de Georgette. Puis il écarta les jambes. Georgette hurla, prit juste le temps de lui planter une clochette dans le front et le lâcha dans le vide.
La nuit suivante Flair revint mieux équipé ; tenu de commando noir, cirage sur le visage, harnais de sécurité, lunette infrarouge et pull sans manche sous les chaussures. Il lança un grappin vers le toit au dessus de la fenêtre de Georgette. Il accrocha d'abord un chat puis une gouttière et il escalada la façade. Comme il l'avait prévu Georgette avait fermée la fenêtre. Avec sa montre laser il fit fondre le loquet ainsi qu'une clochette. Il ouvrit doucement la fenêtre et constata que, comme il l'avait prévu, aux clochettes s'était ajouté boites de conserves, casseroles, billes et clous sur le plancher. Georgette ronflait sur son lit et un troisième pied dépassant de sous la couverture laissait deviner que George dormait lui aussi, sous Georgette.
Flair constata que, comme il l'avait prévu, ses lunettes étaient accrochées au cou de Georgette. Il sortit ses ventouses et commença à se déplacer collé au plafond. Une fois arrivé à la verticale du lit il se laissa descendre en douceur suspendu à un filin accroché à une ventouse. Il prit une fine paire de ciseaux et entreprit de couper le cordon des lunettes. Soudain Georgette ouvrit les yeux et le fixa. Il réprima un hoquet d'effroi mais Georgette se retourna et se rendormit ignorant le cri étouffé de son mari. Flair comprit que si lui la voyait grâce aux lunettes infrarouges, elle ne pouvait l'avoir vu dans cette obscurité complète (c'était une nuit sans lune et sans lampadaires). Il soupira mais une goutte de sueur tomba de sa tempe et plongea dans l'oreille de Georgette.
Elle se releva brusquement, frôlant Flair, donna un grand coup de poing à George et se rendormit. Flair entreprit alors de finir de couper le cordon. Il saisit délicatement les lunettes et les empocha. Il profita d'un bâillement de la boulangère pur lui placer une canine micro-émetteur-récepteur. Enfin il sorti de son sac la lettre qu'il avait préparé et l'accrocha au cou de la grosse femme.
Le lendemain Georgette se réveilla, s'étira, mit une trempe à George pour se dégourdir la main puis constata avec étonnement qu'elle avait une lettre accroché autour du coup. Elle la déplia et lut ;
« Chère Georgette, ou plutôt devrais-je dire salle grosse pouffe,
Tes minables billes et autres clous m'ont fait rire tellement il était enfantin de les éviter. Ainsi cette nuit je suis descendu au dessus de ta grosse masse graisseuse pour reprendre mon bien, puis je suis reparti aussi tranquillement que je suis venu, plus silencieux qu'un loup, en écoutant les gémissements de ta femelette de mari. On ne se moque pas impunément de Flair, grosse boursoufflure.
Et sache que le jour ou la graisse t'éclatera le cœur, je viendrai cracher sur ta tombe.
L. Flair »
Georgette resta interloquée quand elle entendit un petit bruit. Elle leva les yeux et découvrit Flair, tout rouge, qui malgré s'être débattu toute la nuit était resté suspendu à son filin coincé dans la ventouse.
Il déglutit et articula péniblement ; « tout peupeupeu s'expliquer ! ». Il perdit deux dents et la ventouse se détacha.
Il fut trainé à la cave, attaché à une chaise les mains derrière le dos. Il se félicita d'avoir au préalable placé l'écouteur de la micro-canine dans son oreille ; « dis-moi George, passe-moi ta scie, ton marteau, ta bêche, de l'essence, des allumettes et le hachoir. On va resculpter l'ordure en bas... ». Flair pâlit dangereusement. Mais il reprit confiance en lui. Il cracha son chewing-gum explosif dans la serrure de la porte, puis sa mini-lime d'une de ses dents creuses et entreprit de limer les chaines qui le retenaient.
Au bout d'un moment il entendit Georgette descendre les marches et à l' instant où elle allait tourner la poignée piégée sa voix grésilla dans son oreillette « zut j'ai oublié la râpe et les aiguilles à tricoter », et elle remonta. Flair fini par se détacher et trouva un soupirail qui donnait dans la rue. Avec un jet d'acide il l'ouvrit et sorti. Il s'éloigna en courant et entendit dans son écouteur « George, il faudra tout nettoyer après, je ne veux pas salir la boutique ». Sur-ce elle tourna la poignée et la boulangerie explosa.
Une odeur de baguette cuite flotta deux jours sur la ville. On ne retrouva jamais George et Georgette. Et depuis on voit souvent un jeune garçon affublé de lunettes trainer dans les cafés, les universités, les rue fréquentés et les boites de nuits.
Fin
Villeneuve-lès-Avignon, 1997
Publié par argonautes à 11:10:50 dans Georgette et les lunettes | Commentaires (0) | Permaliens
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