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Space Hérésie

Contes et Récits Farfelus des Argonautes de l'Espace

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Ce blog présente les élucubrations de deux amis d'enfance. Contes et légendes farfelus, écris à deux mains, de l'espace ou d'ailleurs.

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Pitaine et Koujak: 2ème partie | 22 janvier 2007

 


Les choses s'amélioraient pour Pitaine. Bien que toujours agitée la mer commençait à se calmer et le gros du grain était passé. Et surtout il avait réduit la distance qui le séparerait du rafiot d'or ; en coupant la route vers cette petite île il avait, semble-t-il, fait le bon choix et lu dans les intentions de koujak. Il faut dire que depuis quelque temps il avait du mal à suivre le plan de Koujak. Le rafiot d'or semblait tout bonnement balloté par les éléments comme si plus personne ne tenait la barre. « Peut-être qu'ils ont des problèmes à bord ? » songea le capitaine, « si c'est le cas il faut que ce soit quelque chose de sérieux... Koujak n'est pas du genre a se laisser dépasser par une situation quelle qu'elle soit ! ». L'ambiance était tendue à bord du galion, comme si les hommes avaient conscience de l'importance de la tache dont ils avaient été investis, tout en étant très impressionnés et même intimidé par le personnage de légende qu'ils traquaient. Sur le pont Pudington, pour détendre l'atmosphère, montrait à quelques mousses sceptiques comment faire tenir un œuf en équilibre. Il en était à la sixième tentative et était passé à l'œuf au plat. Henry Cookie lui continuait à organiser l'équipage en vue d'une confrontation imminente tout en prodiguant des conseils amicaux et en essayant de dédramatiser la situation ;
- « alors Bipsy ? Hâte que tout ça soit fini pour rentrer aux pays et retrouver votre douce et vos marmots, pas vrai? »
- « c'est-à-dire que... Monsieur... ils ont tous étaient emportés par la tuberculose l'hiver dernier. »
- « ah oui merde c'est vrai... mais enfin vous n'allez pas me dire qu'il n'y a pas une petite femme qui attend impatiemment votre retour dans un port d'Angleterre ? hein coquin ? »
- « oh ! monsieur je ne peux pas vous cacher... »
- « aaaaaaah ? »
La curiosité des matelots autour était piquée et dans l'espoir de se divertir un peu ils commençaient à tendre l'oreille pour écouter la conversation tout en feignant de vaquer à leur occupation.
- «... que quand j'ai rencontré Emma je n'avais pas 16 ans et elle a été la première femme que j'ai connu. Elle était femme de ménage dans une auberge de Liverpool et nous nous sommes de suite installés ensemble. Et c'est vrai que le temps passant...
- « ouiiii ? »
- « eh bien j'ai réalisé que je ne m'étais pas trompé et que le seigneur avait mis sur ma route la femme de ma vie. J'ai vu autour de moi tant d'homme seul qui cherchait un peu de réconfort dans les bras de femme d'une nuit ou d'un mois, dans la boisson ou la débauche, que je n'arrivais pas à comprendre pourquoi moi on m'avait tant donné. Qu'avais-je fais pour mériter tout cet amour et ce bonheur ? Ma douce Emma n'était que bonté, gentillesse, patience et amour des autres. Et puis elle m'a donné Julius et Rémy, les deux plus adorables choses que mes yeux n'aient jamais vu. Enfin vous savez ce que c'est les mômes Monsieur ?»
- « oui... en fait non... je n'ai jamais eu... » Henry ne parvint pas à terminer sa phrase et déglutit difficilement tant sa gorge était serrée.
- « oui enfin voilà. Le seigneur a décidé de les rappeler à lui l'hiver passé et depuis je suis seul Monsieur. Ma petite Emma ne m'attend plus à la maison... mes amours de garçons ne me tireront plus la barbe avec leur petites mains... depuis il ne passe pas un jour sans que je les pleure mais je sais aussi que le seigneur m'a donné plus d'amour et de joie en quelques années qu'a bien des hommes en une vie. Alors non Monsieur, pour répondre à votre question, aucune femme ne m'attend dans aucun port du monde. Je ne salirais pas la mémoire d'Emma, je lui resterai fidèle jusqu'à la fin de mes jours. Pour moi c'est terminé. Vous trouvez peut-être ça bête Monsieur, Oh je sais, les gens se moquent de moi mais j'y peux rien, c'est comme ça. »
- « non, non... je comprends... je savais pas.... Je sais pas quoi dire... », articula péniblement Henry Cookie. Il était très pâle et ses lèvres étaient très serrées.
Autours d'eux les matelots reniflaient bruyamment en regardant vers l'horizon et semblait très occupés par leur tâche respective. Le mousse Coffyshop, obligé de transmettre un message, s'approcha d'Henry pour lui dire que les canons étaient armés. Ses yeux étaient très rougis par l'air marin et son nez coulait. Cookie en profita pour prétexter une inspection des munitions et se retira, mort de honte, sous l'œil morne et apathique des matelots.
Dans le bureau de Pitaine :


Pitaine était en maillot de corps et chaussettes et s'apprétait à finir sa 284 ème pompe sur la main gauche quand on entra à la volée dans le bureau. C'était le lieutenant marinier Mousse Ozépinhar.
- CAPITAINE PITAINE !
- OUI OZEPINHAR ! VOYEZ PAS QUE JE POMPE - 285 - SUR UNE MAIN ?
- OH SI CAPITAINE PITAINE ! MAIS UNE URGENCE M'ENVOIS.
- DITES TOUJOURS - 286 -.
- NOUS NOUS APPRETONS A DEPASSER A BABORD LE RAPHIO D'OR DE KOUJAK CAPITAINE !
- BIEN - 287 - MAIS VOUS POURRIEZ PAS UN PEU ARRÊTER DE GUEULER MORT BLEUE -
288 !
- Hm... Pardon capitaine... Mais l'abordage est pour bientôt et les mousses vousattendent pour vos directives et conseils habituels...
- Exact - 200... 200... 280.... 280... Merde 280 Quoi ?
- 280 pompes capitaines, mais sauf votre respect, je crois que vous pourriez remettre vos exercices à plus tard Capitaine Pitaine, les matelots vous attendent, et Pudington s'est déjà proposé pour diriger l'abordage à votre place...
- Mort bleu !
Et pitaine sauta sur ses pieds, lança un bras vers le pantalon qu'il envoya valser par-dessus lui, fit un salto arrière et retomba dans son pantalon tandis qu'il resserait déjà la ceinture bien au-dessus de sa taille.
- Chemise Ozépinar !
et le mousse ozépinar lui lança la chemise pendant que Pitaine esquissait une espèce de coup de pied retourné capoéra en enfilant sa chemise sans même la toucher, il tourna trois fois sur lui-même, et la chemise fut boutonnée.
- Impressionnant capitaine...
- Mousse couzue mouche Ozépinar, point de compliment !
...



Dehors Pudington se tenait sur le pont supérieur, hurlant à la foule amassée en bas ses recommandations :
- Pour dézinguer un type comme Koujak ou Razine, pas de quartier, concentrez toute votre puissance de feu sur eux, pendant ce temps, il en faut deux ou trois qui lancent les harpons à corde et attrapent Hector par le col-back et le jète à la mer vite fait bien fait. Faut aussi se méfier du Mousse Taikendo et du mousse amoussamoussa moins pacifique qu'il n'en a l'air, alors quand il arrive, vous le chopez par les rostignoles comme ça (il fait un geste évocateur) et vous les lui
tranchez aussitôt avant de les jeter à la mer ou de les croquer, ce qui donnerait un sacré coup au moral des troupes.


- Heu... Remarqua Mousse Décanar... C'est pas très en conformité avec le code éthique de la marine britanique ça...
- Vous voulez dire déontologie Décanar ?
- Oui Pudington...
- Mais bordel on est pas dans un chalutier ici ! C'est pas la fête de la pêche aux huitres ni la calmar partie de Briston ! Ni la...
Et Pitaine lui attrapa une oreille qu'il froissa énergiquement entre ses deux mains, avant de l'attraper par le col et de l'envoyer valser derrière...


« Merci pour votre participation Pudigton... bien, reprenons plus sérieusement. Vous savez tous ici que ceux d'en face ne sont pas des rigolos ! Peut-être même que certains d'entre vous ressentent de la peur. Qui parmi vous a peur ? »
Personne ne broncha.
« D'accord, je vois... laissez-moi reformuler ma question ; qui parmi vous n'a pas peur ? »
Personne ne broncha.
« Voila, c'est ce que je disais. Et bien mes fiers soldats de la couronne il n'y a pas de honte a avoir peur; étant donné la réputation qu'a acquis Koujak au fil des années n'importe qui d'un peu censé serait terrorisé par la perspective de cet abordage ». Tout le monde se tourna vers Pudington qui un peu à l'écart répétait des Katas en poussant des petits cris aigus. « Pourtant mes amis, en vérité je vous le dit Koujak n'est qu'un homme. Un homme que j'ai connu personnellement à la Royal Navy, un homme que je respectais, un ami... ». Le regard de Pitaine se fit lointain et nostalgique. La petite foule de marin le regardait intrigué et attendait la suite.
« Koujak est un personnage exceptionnellement audacieux et téméraire. La hardiesse au combat de ce fin stratège n'est plus à prouver. Mais c'est son inventivité dans les situations les plus extrêmes, sa fougue dans les combats et son absence totale de pitié qui font de lui un pirate comme il n'y en a qu'un par génération, tout à fait hors-norme, insaisissable, qui est toujours parvenu à se débarrasser, sans même donner l'impression de se fatiguer, d'équipages bien plus coriace que vous et de soldats bien plus entrainé que vous ne l'êtes. » Sur le pont certains marins montraient des signes de nervosités, d'autres semblaient très abattus. Dans son coin Pudigton donnait des grands coups de tibia dans le mat pour « tuer les nerfs » comme il disait. Pitaine continua ;
« MAIS ! Mais Koujak a également des faiblesses, des failles, que nous pourront peut-être exploiter ! » Une lueur d'espoir apparut dans les yeux des marins. « Par exemple Koujak est assez prétentieux. Je me suis toujours dit que son ego le perdrait un de ces jours. Mais ce n'est pas tout !je le soupçonne de ne pas être un bon chrétien et je pense que, pour couronner le tout, son hygiène corporelle est loin d'être irréprochable. Voilà, essayer d'exploiter ces précieuses informations, des hommes ont donnés leurs vies pour les ramener. Nous allons procéder à l'attaque, bonne chance à vous ».
Il tourna les talons pour aller coordonner les tirs de canons laissant derrière lui un équipage hébété. Certains tombèrent à genoux et se mirent à prier avec ferveur pendant que sur l'autre bord Pudigton, qui avait réussi à se trainer jusqu'au bastringue et à s'y accrocher, ses jambes ayant triplé de volumes ne le supportant plus, traitait ceux d'en face de « Zob d'eau douce ».


Pitaine envoya Cook à l'avant du Gallion pour agiter un large drapeau blanc. Au sommet du mat principal, un mousse agitait énergiquement un autre drapeau blanc, et l'on mis le drapeau anglais en berne.
Pitaine fit poser une longue planche par-dessus les eaux à babord, il se tenait près de la planche, un porte voix en main.
Le Raphio d'or leva les voiles et lentement, tout en se rapprochant l'un de l'autre, le gallion du capitaine le rattrapa et avança sur le flanc du Raphio de Koujak.


Les deux bateaux se trouvèrent l'un contre l'autre, à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre, chaque équipage se faisant . Le vent s'était calmé, la mer était plate et un silence de plomb pesait sur les deux navires, à peine dérangé par quelques clapotis et de légers froissements de voile et grincements de cordes.
Tous étaients armés. Sur le bateau de Koujak, l'immense Hector était laché et scrutait d'un oeil vide les matelots de Pitaine en trainant son boulet déformé ; à ses côtés, Rézou pliait et tendait un bambou en narguant les hommes de l'équipage du Gallion. Razdine se tenait fier sur le pont supérieur, et devant, lui les hommes, sur le pont supérieur, et le pont inférieur, se tenaient près des canons ou la main à leurs armes.
Pitaine s'avança sur la planche de quelques pas et porta le porte-voix à sa bouche.


A ce moment là, sur le pont du Raphio d'Or une porte s'ouvrit à la volée, et Koujak se précipita sur le pont la main au fleuret, esquissant de temps à autre de petits coups de têtes pour dégager de son visage la mèche qui cachait son oeil de verre et sa grande cicatrice. Il portait plusieurs ceintures supplémentaires qui lui barraient le torses ou descendaient à mi-cuisses, portant plusieurs tromblons et une douzaine de lames courtes, fines ou courbes en plus de son sabre.
(Razdine, dans son costume de soie ne portait que son fleuret, son tromblon et une lame fine entre les dents.)


De l'autre côté, Cook et de nombreux hommes d'équipages agitaient les drapeaux blancs d'une main, et se tenaient prêts à dégainer leurs armes. Pudington dans son brancard fit quelques gestes obsènes par dessus le parapet et hurla quelques "Pirates d'eau douce !" et autre "Bande de Reinettes" qui vinrent percer le silence avant de recevoir quelques violents coups de drapeaux par quelques-uns de ces voisins et une douzaine de pèche et coups de bottes en pleine poire.
Quand les drapeaux de l'extrémité ouest du gallion eurent finit leur étrange danse, Pitaine entonna ceci dans son porte voix :


"


Publié par argonautes à 12:31:28 dans Pitaine et Koujak | Commentaires (2) |

Capitaine Pitaine et Koujak Grisebarbe | 18 janvier 2007

 





Le Galion tanguait fortement, se dirigeant tant bien que mal entre de nombreuses séries de vagues immenses,
Au gouvernail, le Capitaine Pitaine pestait contre ses mousses,
Il s'agissait de rattraper le bateau pirate du Capitaine Koujak Koujak à la grise moustache, condamné à mort et recherché pour avoir pillé et coulé une cinquantaine de navire de sa majesté la reine Kasstêt' II d'Angleterre.


Dans la brume et l'embrun, on ne distinguait qu'une tache sombre au loin et les lueurs de quelques lanternes à apparaître et disparaître dans les creux de l'horizon, le navire de Koujak Koujak à la grise moustache ne devait être qu'à une lieux du Galion de Pitaine... 
 


Koujak koujak la légende des 7 mers écumait les eaux de l'empire britannique et espagnol depuis des années, pillant tout ce qui croisait sa route, et restant absolument insaisissable.
Son vaisseau, le "rafiot d'or", semblait dompter les grains et les tempêtes et finissait toujours par échapper à ses poursuivants.
De nombreuses légendes courait sur son compte et il était difficile de démêler le vrai du faux tant les hommes étaient impressionné par le seul nom de Koujak Koujak. Comme celle affirmant  que sur une ile tropicale entre le douzième mugissant et le dix-septième ronchonnant, Koujak avait amassé tant de richesse qu'il pouvait racheter la couronne britannique si cela lui plaisait.  Cette fantastique cache était soi-disant connu de lui seul et de son bras droit, Razine Bépoix, fidèle parmi les fidèles.
Certains promoteurs peu scrupuleux avait tenté de reconstruire cette île dans les Bahamas, qu'ils avaient baptisé "koujak koujak Island", et qui proposait un parc à thèmes et de nombreuses animations comme des mises à sacs de villages de pêcheurs reconstitué et de grande chasse aux trésors organisés.
Mais les promoteurs, comme c'est souvent le cas, n'avaient pas fait la demande d'un permis de construire. Les autorités n'étaient donc pas au courant et la flotte militaire détaché à la traque de Koujak qui finit par avoir vent d'une Koujak Island, la rechercha sans relâche, la trouva et avant de se rendre compte de la boulette la raya de la carte. Cette méprise couta la vie à 745 touristes, la plupart fortunés, dont le Duc de Canterburry et toute sa famille.
L'affaire fit grand bruit, beaucoup de fusibles sautèrent au ministère de la mer et les révélations trois semaines plus tard du "corsaire people" selon lesquelles c'est Koujak Koujak qui avait répandu la rumeur de l'existence d'une Koujak Island au sein de la flotte militaire pour faire diversion ne firent rien pour calmer le scandale. Ni le fait qu'on réalisa peu de temps après que Koujak était dans les parages lors de l'attaque et qu'il attendit que la flotte s'éloigne pour récupérer les bourses et les bijoux sur les cadavres encore chauds, les costumes des spectacles prévus, les fonds des promoteurs, et prendre en otage un des fils survivant du Duc de Canterburry, seul héritier, qu'il échangea aux autorités contre une rançon de 12 000 écus.
L'humiliation pour la couronne et la flotte britannique était totale, le budget consacré à la traque de Koujak fut triplé et l'on nomma Pitaine, héros de l'empire, général en chef de l'opération "cyclone fou-furieux" avec la consigne secrète de faire super gaffe aux rumeurs qu'il entendrait sur sa route.


Le pont du Galion tanguait puissamment et était traversé par de puissants vents chargés d'embruns. Quelques vagues chahutaient parfois l'un des flancs du navire, et s'étalait en ronflant en traversant le pont. Les mousses courraient de voile en voile, d'un bord à l'autre. Des charges se basculaient largement en tirant sur les cordages. Le bateau grinçait de tout son corps, mais les hommes d'équipage n'en sentaient le travail qu'aux vibrations qui se transmettaient au sol par le bois, tant la puissance du vent et la tempête était assourdissante.
Pitaine se tenait droit accroché par ses puissantes mains à la barre, il regardait au loin la vague trace du bateau pirate, et songeait à Koujak...
Bien des années plus tôt, ils s'étaient croisés à l'école royale de navigation militaire, Koujak était son ainé de trois ans, et finissaient ses études. C'était déjà une légende vivante. Il n'était ni le fils d'un haut dignitaire, ni membre d'une puissante famille marchande ou de la noblesse. Koujak avait été embarqué à 17 ans comme mousse sur un navire qui se fit attaqué par les français, pendant l'abordage, il désarma un capitaine français, et abattu une dizaine d'homme d'équipage à lui seul.
Devant l'exploit, son capitaine écrivit à la reine pour l'inciter à donner au jeune une bourse qui lui permettrait de finir capitaine...
Il travailla remarquablement bien, et à 24 ans,  il finit plus jeune capitaine de la marine britannique...
Ce jour là, il quitta le port de Portsmouth dans un galion flambant neuf pour une mission militaire des Antilles... Le bateau glissa lentement toutes voiles levées devant la foule assemblée, devant la reine elle même, tout le personnel de l'école de marine, et... 
 Le bateau ne revint jamais. Deux tiers de son équipage fut torturé et jeté par-dessus bord au large de la Bretagne, et le bateau hissa le drapeau noir...


Qu'avait-t-il pu bien se passer dans la tête de Koujak ? Les spéculations était allait bon train mais de tous ceux qui avaient placé de grands espoirs en la carrière de Koujak, le plus cruellement meurtri était sans aucun doute Pitaine...
A l'école royale de navigation Pitaine, comme beaucoup d'autres étudiants était en admiration devant Koujak. Ses mouvements vifs et précis, son regard intense, l'assurance qui exultait de lui et d'une manière générale -c'est le mot qui venait automatiquement à l'esprit lorsqu'on le rencontrait- son panache, en avait fait l'idole des plus jeunes, le plus aimé de sa promotion et le plus respecté de ses professeurs.


Enfin, de la plupart de ses professeurs. Car pour certains l'attitude de Koujak pouvait apparaitre comme de la morgue.  Quelques-uns pensaient tout bas ce que le professeur en déplacement tactique en zone de récif, Mr Fubble, se plaisait à dire tout haut à la moindre occasion : « Ce Koujak... mais qu'est-ce qui se la pète! ». Et en effet Koujak était en général très sur de lui et n'hésitait pas à contredire un professeur même en cours magistral. Il était fréquent de l'entendre dire des choses comme ; « excusez-moi professeur mais avec un sextant en nord-nord-est et une bise arctique de force 3 en nord-sud-ouest, réduire la voilure de deux tiers pour un virement à 50 degrés à bâbord ça me parait un peu... mou. Oh ! bien sur avec ça on ne prend pas de risque mais enfin je pensais que c'était une formation militaire qui nous était dispensé ici et pas une formation... de pêche au gros ! » Ou encore ; « pas possible de prendre des vagues de 12 pieds avec un angle d'attaque à 35 degrés sous un vent latéral ? Et Magellan il l'a passé comment le cap de Brisby-Outaka le 03 mai 1502 ? En pédalo ? Avec tout mon respect professeur, dans la marine c'est lorsqu'on ne connait plus ses classiques qu'on navigue comme un vieux ! ».


Bien sur il prenait souvent des avertissements et son nom était évoqué systématiquement en conseil de discipline  mais ses excellents résultats dans toutes les matières le dispensaient de trouble plus sérieux. Le problème cependant est que les jeunes avaient tendance à l'imiter, avec moins de brio, et il était fréquent que Pitaine entende en classe des choses comme ;


- « ah bon ? On ne peut pas faire une gaudille tribord-bâbord dans un détroit avec un courant chaud-froid alterné ? Et Marco-polo il l'a franchit comment le passage des esquilles en Syrie ? En espadrille peut-être ? Hu ! Hu ! Franchement professeur, ce n'est pas avec vos méthodes frileuses qu'on va conserver l'empire britannique ! »
- « Marco-Polo était à cheval, Dugommier. 4 heures. »


Ou encore des propos comme ;


-« donc laisser-moi résumer Pudington, vous proposez d'augmenter la voilure au maximum et de prendre élan sur une vague de trois mètres pour sauter par-dessus la barre rocheuse ? »
-« ouais monsieur, on n'est pas à la pêche au gros ici ! »
-« zéro Pudington. Et rentrez chez vous. »


Mais qu'importait ces petites bravades en cours, l'admiration de pitaine pour Koujak était intacte car en dehors des classes il n'était qu'hardiesse, courage et humour. Un vrai chef né.

Koujak était assis dans ses appartements. Devant lui s'étalait la carte des récifs. Il était tout en bleu, un vêtement large et bouffant. Il avait un œil brun et un œil de verre noir brillant où était incrusté le contour d'un crâne en nacre. Une balafre lui traversait la moitié droite du visage jusqu'à l'œil de verre. Une grande mèche brune pendait par là et la masquait régulièrement. Il avait les manches retroussées et sur les avants bras d'innombrables cicatrices. Quant à la moustache de Razine, ce n'était que quelques poils gris, six ou sept tout au plus, démesurément longs et couchés en long, croisés et tressés pour faire illusion, de sorte que sa lèvre supérieure était légèrement pincée en rebiquant vers le haut.
Une lanterne se balançait au-dessus de la carte, où une dent en or symbolisait son navire. Sur le côté du bureau, une perche en bois supporté un grand perroquet bariolé, dont le bec était maintenu clos par une ficelle et un double nœud, il avait l'œil rond, et visiblement, il lui démangeait de dire quelque chose...
"Razine !!!!!!" Gueula Koujak d'un ton faussement outré, en se rejetant en arrière dans un mouvement théâtral qui attira sa mèche en arrière, la fit virevolter trois fois par dessus le crâne avant de se reposer en soupirant au-dessus de sa cicatrice.
 Et la porte s'ouvrit presque aussitôt sur un grand gaillard droit, blond, habillé de soie blanche, barré d'une large ceinture noire où pendaient un fleuret et un long pistolet. Il était élégant, droit comme un "I", le bras droit lancé comme un trait vers la poignée de la porte, tout raide. Razine était parfaitement immobile, d'une grande distinction, sa moustache, longue et fine, rebiquait très haut de chaque côté de son nez et finissaient en spirales parfaites qui lui passaient devant les yeux comme des lunettes. Il avait l'œil doux et malin, et son sourire dégageait une dent de diamant qui lançait dans la pièce d'innombrables éclats blancs de lumière qui tournaient et se balançaient sur toutes les surfaces de la pièce en fonction du mouvement de balancier de la lanterne...
 Koujak, fit un grand geste en arrière, et croisa les jambes en haussant les sourcils, il dressa le menton très haut à la manière du Duc de Kiessassy, et après un silence durant lequel Razine demeura parfaitement immobile malgré le tangage puissant, seul point immobile et blanc de la pièce. Koujak fit :
 - Très bien fidèle Razine, ne te laisse donc point impressionner, et fait moi donc part de ta requête sans attendre !
 Razine sans bouger aucunement leva juste un sourcil, puis dit :
- Sauf votre respect éminent capitaine à la grise moustache dont le nom ne saurait être prononcé qu'une seule fois tant le respect qu'on lui doit est doublement plus élevé que pour quiconque, c'est vous qui m'avez fait venir, de sorte que c'est moi, humble Razine [Il se baisse bien bas] , qui attend que votre intelligence daigne prononcer quelques paroles éclairées...
- Ah... Euh... Oui... En effet... Bien... Comment vont les mousses nobles Razine ?
 - Mal grand capitaine, ils souffrent de faim et le mousse Saka supporte mal sa douleur à la gencive, il aimerait bien récupérer sa dent en or quand votre splendeur aura finit de préparer la carte de route... [Il désigna la dent qui symbolisait le navire sur la carte, et qui se balladait de gauche à droite sous le tangage, dépassant parfois la carte avant d'y revenir]...
 - J'en suis heureux dit Koujak... Quant à la carte, je n'y comprends pour le moment pas grand chose, il y a là une île et quelques récifs, et mon plan est d'envoyer le galion se fracasser dans les récifs, ou de le perdre en nous cachant dans un fjord... Mais la position du navire demeure pour le moment fluctuante et incertaine...
 Insensible aux lames qui balayait le pont et manquait d'emporter un marin à chaque fois, Pitaine, l'œil vissait à sa longue-vue, bravait les éléments dans sa cabine. Cela faisait maintenant 12 heures qu'ils prenaient en chasse le rafiot d'or en plein cœur d'une tempête sans parvenir à s'en rapprocher. L'amiral adjoint de Pitaine, Henry Cookie, entra à la volée dans la cabine, faisant entrer avec lui une petite tornade de vent, de pluie et d'eau de mer, ce qui eu le don d'agacer le pourtant très flegmatique capitaine Pitaine, qui venait de passer deux heures à ranger en pile des documents officiels.
 -         « capitaine, j'ai une triste nouvelle ; alors qu'il tentait de réduire la voile arrière le mousse Harazé s'est fait surprendre par une vague qui la fait basculé par-dessus bord.
-         « foi de morue ! »
-         « mais ce n'est pas tout... voyant cela le marin Pudington a cru bon de sauter du grand mat à sa rescousse après s'être attaché les pieds à une corde. Si vous voulez mon avis le sauvetage de Harazé n'était qu'un prétexte ; cela fait quelques jours que Pudington raconte à tous le monde qu'il a entendu qu'une tribu polynésienne pratique le « saut à la corde » pour pêcher et manifestement il brulait d'envie d'essayer. Evidement la corde était trop courte...
-         Evidement...
-         Nous avons entendu un grand crac par-dessus le tumulte de la tempête. J'ai d'abord craint pour le mat mais dieu merci celui-ci est intact. Ensuite pudington a fait un impressionnant pendule et il s'est mangé la coque. Résultat ; Harazé est porté disparu et il va falloir refaire les costumes de Pudington qui a pris 7 centimètres.
-         « peste de poulpe ! la chance n'est pas avec nous... »
-         « y-a-t-il du nouveau dans la direction que prend le rafiot d'or, capitaine ? »
-         « c'est très difficile à dire. Je ne comprends pas la stratégie de Koujak, son plan de route semble... fluctuant et incertain. Mais venant d'un tel génie il faut s'attendre à tout... il n'y a pas de hasard avec Koujak ! en tout cas nous nous approchons d'une îles et d'une zone de récif. Dites aux marins de rester sur leur garde !
 Pitaine tapota les piles de documents qu'il avait refaites pendant la discussion et Henry Cookie sortit de la cabine à la volée.
   
Razdine toujours parfaitement immobile demeurait face à Koujac. Passe un silence gêné, visiblement Koujak n'est pas très inspiré.
 - Capitaine, insista Razdine, peut-être devrions nous échaffauder un plan plus subtil ou plus terrible, le Gallion qui nous poursuit est sans doute la crême de la flotte de Kasstêt II...
 - Certes, noble Razdine... Puis Koujak monte en pression. Mais que voulez vous faire, je ne vois que de l'eau et des récifs et une petite île - merde de baleine ! Donc soit on reste en mer - flot de sardines ! soit on envoit le Gallion friquoter avec les rochers - massédoine d'oursins géants des caraïbes !  soit on débarque sur l'île - poil de coquille ! ... Voyez-vous autre chose ????
 - Non maître.. Mais peut-être pourrions-nous aller chercher Rézou Thou, qui moisit en geôle depuis déjà six mois au fond de la grande calle...
 Koujak s'enfonça dans son fauteuil, songeur... Rézou Thou... Non... trop malin... Il va encore nous entourbibonner et nous tourbillocrotter dans ses plans... Rézou Thou ?... Non... trop subtil... trop imprévisible...
- Vous n'y pensez pas Razdine ! Thou est trop plein de rancoeur, comment se livrer à  ses plans ? 
- Oui... Enfin, c'est quand même grâce à lui qu'on a ridiculisé la flotte anglaise lors de l'attaque de Pirate Island et obtenu la ranson...
 - Certes Razdine.. Mais c'est à cause de cela que l'on est dans cette merde noire - encre de Poulpe rageur !
 Razdine quitta la porte et s'avança avec grande prestance, et d'un ton mystérieux et malicieux...
 - Peut-être pourrait-il nous tirer d'affaire, puis nous pourrions le laisser un peut jouer avec Pudington au saut à la corde au-dessus du bassin poissonneux de l'est de l'île où les grands blancs aiment tant à chasser... La corde pourrait craquer... Ou alors il pourrait se rompre le cou dans une partie de "je te tiens tu me tiens par la barbichouille" en jouant contre Hector...
 Koujak contempla le plafond, songea à interroger Papadakor le perroquet, puis imagina en souriant le plongeont de Rézou Thou, une tomate dans la bouche et des feuilles de lauriers dans les oreilles vers un bouillon de requins gueules ouvertes... Hector ? Hector ? Libérer Hector ? Ce gaillard de deux mètres dix et cent cinquante kilos avec l'oeil vide, cette brute qui aime à tordre des cous et broyer des os ???? 
- Razdine ! Vous m'inquiétez ! Vous ne songez tout de même pas à libérer Hector de sa geôle... M'enfin ! Creuvettes carnivores du Sri Lanka ! Vous n'y pensez pas ! ... Quand à Thou, pourquoi ne pas le jeter tout de suite par-dessus bord ? De toute façon, il ne nous parlera pas...
 - Oh si maître splendide... NOus le ferons parler le petit maigroulet...


 Passèrent quelques heures, puis Rézou Thou se trouva baillonné et tout ficelé sur une chaise dans la cabine de Kajouk, et Razdine lui taquinait les esselles avec un fer rougi pendant que Kajouk lui ébouillantait les pieds avec de l'huile sortie du feu...
Thou s'agitait beaucoup, mais Razdine et Kajouk savaient que s'étaient bon pour son inspiration, et que plus la douleur étaient forte, et plus Thou trouvait d'inspiration...


-         Ah ! S'enthousiasmait Koujak... Je sens qu'il va bien parler aujourd'hui... J'aimerais pas être à la place du Gallion ! Hein Rézou !!!! Et il lui renversa une petite casserole de beure sur les cuisses.
-         « je ne dirais rien ! je n'ai pas oublié comment vous m'avez remercié pour mon idée géniale d'envoyer un espion répandre la rumeur de koujak Island au sein de la marine anglaise ! 6 mois de cale !
-         « c'est bon pour le teint ! le grand air ça tanne et vous avez l'épiderme délicat Rézou », dit Koujak en lui versant dessus une marie-jeanne de rhum tandis que Razine jouait avec une chandelle autour de sa tête. « vous feriez bien de trouver une idée avant que nous finissions de préparer ce Baba-au-rhum ! dépêchez-vous ; il n'y a plus qu'à mettre au four ! Ah ! ah !
-         « je vous en prie koujak, nous savons très bien tous les trois que si vous me mettez le feu, avec tout le rhum que vous venez de verser c'est toute la cabine qui flambe et 20 minutes après c'est le Rafiot d'Or qui sombre ».
Koujak et Razine se regardèrent décontenancé. Il flotta un silence gênant puis Razine éteignit prudemment la chandelle et la reposa la main tremblotante tandis que Koujak s'épongeait la sueur du front.
-         « très bien Rézou ! Vous êtes le plus malin. Vous avez compris que Razine et moi ne sommes pas des hommes de terreur. Non en vérité, je vous le dit, nous sommes des hommes d'esprit, de compromis et de diplomatie. Nous ne savons pas torturez, alors aidez-nous à trouvez une solution et vous serez récompensé ».
-         Vous venez quand-même de m'ébouillanter les pieds à l'huile, de me chatouiller les aisselles au fer rouge et de salir mon pantalon avec du beurre tiède. Pour des gens qui ne savent pas torturer vous improvisez bien. »
-         « bon, Rézou votre attitude ne  résout rien ! ho ! ». ils s'esclaffèrent tous les trois. « hum ! bon restons sérieux... Razine, détachez cet homme que nous parlions d'égal à égal. Rézou est un artiste du plan machiavélique et un artiste à besoin de liberté pour créer. Nous avons été un peu dur avec vous Rézou, j'en conviens. Votre intox de Koujak Island nous a été fort utile mais que voulez-vous ? lorsque j'ai vu que suite à cet événement la mise à prix de ma tête avait doublé et que le gouvernement avait déclenché l'opération « cyclone énervé »...
-         « ...  fou furieux... »
-         « oui, « fou furieux énervé » et bien je me suis dit...
-         « non, opération « cyclone fou furieux » ça s'appelle ».
-         « oui bon, donc j'ai vu rouge et j'ai fais enfermé le responsable de cette idée ».
-         « vous ne pensez pas que ce qui a déchainé les foudres des autorités c'est la grande interview que vous avez accordé à « Sea Time » avec gravure-reportage dans laquelle vous pavoisiez sur votre projet d'utiliser les 12000 écus de la rançon pour faire construire à cuba un grand complexe hôtel-club avec piscine et soirée mousses que vous comptiez baptiser le « Fuck The Queen » ? »
-         « hum... bon d'accord je suis peut-être allé trop loin sur le coup mais que voulez vous, l'euphorie du moment, mon portrait en couverture du « Sea Time », le sondage de « forban » m'élisant pirate le plus sexy de l'année... tout ça la même semaine... je me suis un peu enflammé voilà tout ! et si nous oublions toute cette malheureuse histoire ?»
-         « en parlant d'enflammer, m'offririez-vous un verre de rhum ? »
-         « mais bien sur mon cher Rézou ! ah... non, tiens c'est bête je n'en ai plus une goutte depuis que j'ai tout versé sur... enfin je n'en ai plus. Ecoutez Résou, si vous nous aidez je vous promets que vous ne le regretterez pas ! »
-         « que m'offrez-vous ? »
-         « un pantalon neuf ».


Ils s'esclaffèrent tous les trois.


  Enfin, Rézou riait jaune, les yeux ronds écarquillés. il riait quand même fort en agitant la tête et en se tappant les genoux pour faire plus spontané.
- Ah ah ah ahahahhahahahah !!!!
Les deux autres cessèrent de rire, mais il continua encore en se tappant les cuisses. Razdine et Koujak se regardèrent un moment, mi-étonnés mi-méfiants...
- Hm... se reprit Raizou hésitant puis soudain inspiré : "Je crois que je veux bien vous aider, mais va falloir proposer mieux qu'un pantalon capitaine Kajouk Kajouk...".
- Koujak, remarqua le capitaine. Koujak.
Le capitaine se rassit sur son fauteuil et croisa les jambes tout en faisant des noeuds avec sa longue mèche autour de son index...
- Je vous écoute Rézou Thou, dit koujak. Que pourrions-nous faire pour vous en échange de la desctruction minutieuse et radicale du Gallion et de tout son équipage ?
- Je veux, entamma Rézou en comptant sur ses doigts, 1- pouvoir marcher à souhait et librement sur le pont du navire, 2- Avoir à nouveau le droit de parler à tout homme de l'équipage, 3- Pouvoir visiter Hector et m'entretenir seul avec lui, 4- pouvoir à nouveau installer mon bureau dans la bibliothèque et reprendre mes recherches sur le pont du navire avec ma lunette astronomique, 5- débarquer sur les prochaines îles pour continuer mon observation sur l'évolution des espèces, 6- qu'on débaillonne le pauvre papadakor...
Razdine et Kajouk se regardèrent brièvement, Koujak semblait hésiter, mais Razdine lui fit un geste du menton en plissant la bouche. Ils acceptèrent et débaillonnèrent Papadakor.
Papadakor pris profondément son souffle en tirant la tête en arrière et en se gonfflant le torse, puis hurla :
- PÂÂÂÂÂ DÂÂÂÂKOR DÂKOOOOR !!!!!!!! KAJOUKÔKACHO KACHÔ !
....
 
La tempête se calmait et le soleil allait se lever, Rézou Thou marchait tout fier sur le pont du navire en portant sur une épaule sa longue lunette astronomique. Il passait le bonjour d'un air naturel  aux hommes d'équipage qu'il croisait,
- Salut Tique ! (dit-il à un p'tit gars tout sec et nerveux qui portait des planches)
- Ah ! Salut Rézou !
- Salut Tash ! (dit il à un grand moustachu frisé qui portait des seaux le dos courbé en hochant la tête mollement à chaque pas)
- Ah ! Salu Rézou !
- Salut Saillon ! (Dit-il à un grand gars ballafré qui réparait un cordage en faisant un double noeuds avec de jolies boucles)
- Ah ! Rézou !
- Salut Mousse Amoussamoussa ! (dit Rézou à un grand black qui portait des cordages)
- Hô ! Halut Hézou !
- Bonjour APPIE ! (Dit Thou à un petit gros un peu mou)
- Ôh ! Content moi de voir Rézou ! (dit-il mollement avant de faire un grand sourire qui dégagea une unique dent au centre, et qui s'accompagna d'un écarquillement incroyable des yeux)
Et il planta sa lunette sur le pont supérieur devant les regards médusés du mousse Tash, du mousse Saillon, du mousse  Amoussamoussa et du mousse Tique. Il avait un livre sous le bras.
Rézou siffla trois coup.
- Hé Tique ! Cria-t-il, tu peux m'installer un hamac par là ?
...
Koujak était seul dans sa cabine. La tempête se calmait, il avait confié à Razdine le plan de navigation, et s'apprêtait à se coucher.
Il tira une fiole d'un placard et se remplit un verre. Il s'assit face à une glace, s'observa l'oeil de verre noir au crâne nacré, puis il se boucha le nez et la bouche et souffla fort en gonfflant ses joues si fort qu'elles devinrent rouge et que peu à peu son oeil de verre sortit de l'orbite. Plouf... Il finit par tomber dans le verre, et Rézou se débarrassa d'une Botte, eut beaucoup de mal à retirer la seconde qui l'obligea à sauter dans la pièce à cloche-pied et qui finit par partir droit vers un mur pour retomber en emportant le verre et l'oeil qui rebondit et roula jusque sous l'armoire.
- Et merde alors !
- KOUJÂÂÂÂKOOOKACHÔÔÔÔÔÔÔ !!!!!!!!
- Ta gueule ! Et Koujak daigaina une petite dague et s'élança vers Papadakor qui s'envola dans la pièce en hurla sans cesse "KOUJÂÂÂÂKOOOKACHÔÔÔÔÔÔÔ !!!!!!!! KOUJÂÂÂÂKOOOKACHÔÔÔÔÔÔÔ !!!!!!!!
PÂPÂDÂAAAAKÔR !!!! KOUJÂÂÂÂKOOOKACHÔÔÔÔÔÔÔ !!!!!!!!"
- La Peste soit de ce perroquet !
Et Koujak se mit à quatre patte et rempa jusqu'à mettre la tête sous l'armoire en tendant le bras. Il remarqua sur le côté une petite cale en bois qui maintenait l'armoire à bonne hauteur, et pris garde de ne pas la déplacer.
Le perroquet profita de ce moment pour lui descendre sur la nuque et de lui gueuler par-derrière l'oreille : "KOUJÂÂÂÂKOOOKACHÔÔÔÔÔÔÔ !!!!!!!!" et le capitaine lui chopa la patte et dégaina prestement sa dague en déplaçant la cale et l'amoire s'affaissa.
...
Razdine vint frapper à la porte...
- Capitaine ?
- Je dors ! Je suis en sieste ! N'entrez pas !
- Mais capitaine, c'est urgent, le gallion nous rattrape nous sommes presque à portée des canons frontaux du gallion !
- Je dors Morbleu !
- Pardonnez mais c'est un cas de force majeure capitaine et...
Razdine ouvrit la porte sur le capitaine qui gesticulait au sol, la tête sous l'armoir sur laquelle reposait, fier, le perroquet qui fixait au plafond l'air de rien, et visiblement très à l'aise.
-         Allez chercher Hector ! Hurla Koujak.
 

Rézou était en train de faire les réglages de sa lunette quand il s'aperçut que de légère vibration dérégler l'axe qu'il recherchait. Sur le pont les mousses vaquaient à leur occupation. Ochoc était en train de réparer un cordage quand il sentit quelque chose d'anormal ;


-         hé tique ! tu sens pas quelque chose de bizarre ?


-         ouais désolé, les sèches de midi étaient pas vraiment fraiche...
-         non, je veux dire comme un genre de vibration ?



Peu à peu les pirates s'arrêtaient et se regardaient interrogatif. Les vibrations s'intensifiaient, tout le monde pouvaient les sentir désormais, jusqu'à ce qu'elle devienne de véritable secousse. « Nous touchons des récifs ! » hurla quelqu'un. « Non, c'est surement un barrière de corail ! » hurla quelqu'un d'autre. « Impossible ! Pas ici ! Peut être que le galion nous tire dessus ? »


Pendant que tout le monde s'agitait, à l'écart le petit mousse taïkundo était pétrifié, et regardait fixement quelque chose qui le plongeait dans une ombre grandissante... « Oh non, non... quelqu'un a libéré HECTOR !!!!! »



Hector, ou le « colosse des Bermudes » comme il était surnommé, était un vigoureux gaillard de 2, 21 mètres pour 198kg. Atout majeur de Koujak dans les abordages et combats au corps à corps, légende vivante dans tout le milieu naval pour avoir survécu a un boulet de canon prit en pleine tête lors de folles aventures de jeunesse, Hector était toutefois une personne « difficile à manier » selon Koujak et dont la « relation problématique dans un environnement hiérarchique et dans le rapport à l'autorité » méritait en temps de paix ou dans les périodes d'accalmie une  mise au cachot « à grand coup de pied au cul ». Pour l'équipage du Rafiot d'or, le problème était l'imprévisibilité d'Hector ; celui-ci pouvait être calme et indolent, voir obéir passivement a n'importe quel ordre, ou s'abimer parfois de très long moment dans la contemplation de petites choses, comme un morceau de savon noir coincé entre deux planches du pont, ou encore un plume de Papadakor tombé au sol. Mais d'autre fois, et pour des raisons en apparence aussi insignifiantes, Hector s'énervait, et quand Hector s'énervait... il valait vraiment mieux qu'Hector s'énerve dans le navire d'en face. Ses baffes avaient différent surnoms suivant leur spécificités ; il y avait « l'hectorine », l' « hectornade », la « dobeul hector », le « retourné des Bermudes », la « maxi best of », la « cognante de panama », la « claquante des grands fonds » et puis les autres prises comme « l'Hector kick », le « coup de boulet » (il avait toujours sur lui le boulet de canon auquel il avait survécu monté au bout d'une chaîne), « l'hectorcution », le « mawashi des Antilles », et la « morsure du grand blanc ». Leur point commun était un taux de survie des victimes très faible. Le problème c'est que lorsqu'il commençait à cogner Hector n'était plus vraiment à l'écoute et il continuait parfois à cogner une bonne heure avant de réaliser que le combat soit fini.


Hector traversa le pont sous le regard inquiet et craintif de l'équipage. Il suivait docilement Razine qui marchait d'un  pas pressé vers la cabine. Razine s'arrêta soudain et leur hurla dessus ; « qu'est-ce que vous regardez comme ça, bande de moules avariées ! Vous n'avez rien de mieux à faire ! Vous voyez pas que le galion se rapproche de nous ? on va bientôt essuyer de la grêle si vous bougez pas vos fions de bleu-bite ! Tous à vos poste tas d'huitres insomniaques !!! ». L'équipage se dispersa prestement, non pas tant effrayé par les vociférations de Razine que par les tics nerveux qu'elles provoquées sur Hector...



Razine fit discrètement entrer Hector dans la cabine. Koujak toujours dans la même position attendait patiemment tandis que le perroquet clopiner sur le plancher autour de lui dans une sorte de danse ressemblant étrangement aux danses guerrière des indiens d'Amériques. Il répétait inlassablement une incantation : « koujakokachooooo ! okachokoujaaaaaaak ! ».


-         « capitaine, c'est moi Razine, je vous ai ramené Hector ».


-         « est-ce que quelqu'un vous a vu ? »


-         « euh... peut-être le mousse taïkundo... »


-         « vous l'éliminerez. Je veux que personne ne se doute de cet accident. »


-         « mais capitaine... je ne crois pas qu'il puisse imaginer que... je ne pense pas que quiconque puisse imaginer ce... d'ailleurs moi-même j'ai encore du mal à comprendre comment... »


-         « oui bon ça va Razine ! je me passerais de vos commentaires ! qu'est-ce que vous attendez pour me dégager ? vous ne voyez pas que je vous fais la conversation de sous une armoire !!! »


A ce moment là on frappa à la porte de la cabine. « Chut, on n'est pas la » murmura Koujak sous l'armoire. « Capitaine ! », une voix cria derrière la porte, « Capitaine, c'est urgent ! Le galion passe a tribord et nous coupe la route vers l'île ! ».


« Ne faites aucun bruit », chuchota Koujak à l'attention de Razine et Hector, « il va finir par partir ».


- « capitaine ! » cria une deuxième voix, « répondez-nous !». Razine dit à voix basse : « mon capitaine, ils savent que nous sommes là... il vaut peut-être mieux répondre »


- « taisez-vous ! », hurlota koujak, « ils vont partir et là Hector pourra démolir cette armoire ».


- « mais qu'est ce qui se passe ici ? » demanda une troisième voix derrière la porte.


- « le capitaine ne répond pas et le galion se rapproche toujours »


- « c'est bizarre pourtant c'est sur qu'il est dans sa cabine », dit une quatrième voix.


- « Ah ça, il n'y a pas de doute ! Et même qu'Hector  et Razine y sont rentré y a pas 5 minutes ! »


Personne ne put voir le regard noir de Koujak sous son armoire.


- « peut-être qu'il est arrivée quelque chose au capitaine ? »


- « ne dit pas n'importe quoi ! qu'est ce qu'il pourrait lui arriver dans sa cabine ? le capitaine c'est pas le mousse Bobo-la-déveine ! », argumentèrent une sixième et septième voix.


- « mais c'est peut-être un coup fourré de Razine. Peut-être qu'il a ramené Hector pour dézinguer le capitaine. J'l'ai jamais trop senti ce Razine. »


- « ouais c'est vrai ! Razine c'est du genre à vouloir être capitaine à la place du capitaine ! »


- « M'étonnerais pas qu'y complote depuis le début contre notre capitaine ! C'est quoi son surnom déjà ? Razine-la-fouine ?»


- « Non, mais c'est quequ'chose qui ressemble».


Dans la cabine, sur une feuille de papier, Razine-l'ouïe-fine notait calmement une liste de noms. Cinq minutes plus tard c'était un véritable brouhaha qu'on pouvait entendre derrière la porte.  Les hommes discutaient pour savoir s'il fallait ouvrir la porte ou non, mais la plupart craignaient de commettre une erreur fatale. A un moment koujak et Razine entendirent  « tiens, foodgy, t'es ici ? Mais c'est pas toi qui tiens la barre ? »


- « ben si, mais y avait plus personne là-bas alors j'ai commencé a vous cherchez et là j'ai cru que le bateau était désert. Vous m'avez foutu une de ces pétoches ! Pourquoi tout le monde est ici ? »


- « Bon les gars on l'appelle une dernière fois et si il répond pas, on retourne à nos poste et on attend de voir ». Tout le monde tomba d'accord.


-« CAPITAINE !!!!! »


-« ENTREEEEEZ !!! »


...


Razine, blanc comme un linge, eut le temps de se retourner pour voir Papadakor sur le bureau arborer triomphalement sa poitrine colorée, fier d'avoir réussi sa meilleure imitation de Koujak, avant que la porte de la cabine ne s'ouvre à la volée sur la foule des matelots.

 Une myriade de têtes apparue à la porte - N.B : en marin courrant, une myriade est un nombre impair compris entre 5 et 13 alors que la myriette désigne un nombre pair compris entre 6 et 14 (tous deux inclus), et que la bougnasse correspond à deux douzaines moins trois ou quatre, cinq parfois (selon que les objets sont à babords ou à tribords) - la tête du Mousse Amoussamoussa dominant le tout.
 Ne voyant pas Koujak, tous s'enfoncèrent soudain plus profondément dans la pièce et la foule tourna ses têtes vers Koujak au sol, le cou pris sous l'armoir.
 Conquérent, Papadakor poussa un terrible "KOUUUUUJAAAAKOKACHOOOO !!!!!", puis Hector, la tête penché pour ne pas abîmer le plafond, posa ses mains de chaque côté de l'armoir et la souleva le temps que Koujak se glisse, récupère son oeil et l'enfourre rapidement dans l'orbite avant de se relever brutalement, la mèche partant en arrière, et de s'épousseter...
 - Oui, bon, quoi ? S'enquit Koujak un peu rouge en se glissant discrètement vers la position de Papdakor. Qu'est-ce qu'il y a de si pressant bon sang pour qu'on me réveille en pleine sieste ?
 Et Tike, maigroulet dans la masse, remarqua :
 - Mais non, vous étiez pas en sieste, vous étiez coincé sous l'armoir !
 Et quelques-uns pouffèrent.
-         Sacre bleu, s'exclama Koujak, comment aurais-je pu être coincé sous l'armoir ? ... Bon sang réfléchissez ! ... Si je n'avais pas pu enfoncer la tête sous l'armoire je n'aurai pas pu m'y coincer, en outre, si j'avais pu y glisser ma tête j'aurai pu l'en retirer ! Bon sang réfléchissez !!!!  pas d'ânerie Troupe de Mousse à laver ! et tous à vos postes ! Hurla-t-il en chopant une patte de Papadakor et en le secouant haut et fort tandis que l'oiseau ouvrait les yeux de plus en plus largement et semblait avoir du mal à trouver l'air.
 

Publié par argonautes à 11:01:54 dans Pitaine et Koujak | Commentaires (1) |

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